Artificier au sein de la brigade Garibaldi, Salvatore Carbornaro, 24 ans, s'est éteint dans la nuit du 5 au 6 novembre dernier. Atteint d'une leucémie, le jeune soldat italien est mort après quelques mois de traitement «d'un mal particulièrement agressif, résistant à toutes les cures» selon le cancérologue qui le soignait. Pour la presse transalpine, Salvatore Carbonaro serait la sixième victime du «syndrome des Balkans».

Avant lui, cinq autres militaires en mission en ex-Yougoslavie sont en effet décédés après avoir été frappés de tumeurs foudroyantes. «Pour gagner un peu d'argent pour sa famille», Salvatore Carbonaro s'était quant à lui enrôlé en 1998 pour la Bosnie et avait effectué deux séjours à Sarajevo, pour un total de cinq mois. Les parents des victimes mettent aujourd'hui en accusation l'uranium appauvri utilisé par l'OTAN pour recouvrir les projectiles destinés, en particulier, à perforer le blindage des chars.

Pendant plusieurs mois, les autorités italiennes ont démenti l'emploi de telles armes en Bosnie. Mais devant les polémiques, le ministre de la Défense Sergio Mattarella a finalement admis au parlement, le 21 décembre dernier, qu'entre 1994 et 1995, les avions américains avaient déversé près de 11 000 de ces projectiles sur la Bosnie. Le ministre italien demande désormais à l'OTAN de lui fournir une carte indiquant les lieux et les objectifs sur lesquels les armes à l'uranium appauvri ont été employées.

En attendant, Rome a mis en place une commission d'experts pour tenter d'analyser les causes de cette inquiétante série de morts mystérieuses. Les médecins nommés par le ministère auront notamment pour mission de vérifier les risques réels de l'uranium appauvri et les effets des cocktails de vaccins administrés aux soldats avant leur départ en mission.

Les interrogations autour du «syndrome des Balkans» ont également pris un tour politique. En 1999, l'Italie avait connu une très forte opposition à l'intervention de l'OTAN au Kosovo. Hier, Sergio Mattarella est intervenu pour réaffirmer: «Le devoir que nous avons de comprendre ce qui s'est produit (à propos des cas de leucémies, ndlr) ne doit toutefois pas faire oublier l'importance des missions de paix.» Un député d'Alliance Nationale a demandé la démission du ministre car, a-t-il estimé, «face à de véritables crimes de guerre commis par l'OTAN en ex-Yougoslavie, il répond en justifiant l'intervention militaire en Bosnie et au Kosovo». Plusieurs responsables communistes, dont certains participent au gouvernement, ont de leur côté demandé «le retrait immédiat des troupes italiennes» des Balkans.