«Faites attention à la route!», me suggère le sous-préfet de la Singine, l'œil interrogateur. Quelle idée de parcourir le district alémanique fribourgeois jusqu'au Schwarzsee sous une neige battante à ne pas mettre un automobiliste dehors!

Une vingtaine de kilomètres séparent Tafers (Tavel), capitale de la Singine aux portes de Fribourg, du Schwarzsee (Lac Noir), principal lieu touristique du district. Excepté la présence d'un autocar belge, dont le chauffeur se demande ce qu'il a fait au bon Dieu pour se retrouver en Alaska plutôt qu'en Suisse, la route est peu fréquentée.

Contrairement aux bas-côtés. Car si l'adversité météorologique rebute les automobilistes, elle a au contraire tendance à stimuler les Singinois, prompts à dégager la neige devant leurs habitations à grand renfort d'outils en tout genre. Le zèle à déplacer des dizaines de kilos de poudreuse dépasse souvent le strict nécessaire. Car créer un petit passage devant sa porte est bien entendu moins gratifiant que de montrer aux voisins et aux rares touristes égarés, Belges par exemple, l'efficacité mise par la région à chasser l'intruse tombée du ciel. Le buraliste de Schwarzsee doit détenir le record local après avoir dégagé une surface de plusieurs dizaines de mètres carrés autour de l'office de poste.

Cette ardeur au travail a-t-elle été poussée jusqu'à l'absurde: faire briller la glace du Lac Noir pour l'offrir le plus tôt possible aux patineurs? Presque… Après une brève tentative, l'opération de déneigement a été arrêtée. Les caprices de la météo ont transformé le lac en rare et dangereux sandwich: une fine couche de glace, une fine couche d'eau, une épaisse couche de glace, une épaisse couche d'eau. Mais finalement qu'importe puisque la route faisait office de patinoire.