Josef Fritzl, 73 ans, sera jugé durant une semaine à la Cour d’assise de Sankt-Pölten, près de Vienne. Il est accusé de viol, inceste, séquestration, menace, esclavage et meurtre. A l’ouverture du procès ce matin, il a reconnu les quatre premiers chefs d’inculpation, mais plaide non-coupable pour les deux derniers. Or seul le meurtre est passible de prison à vie dans le droit autrichien, tandis que les autres chefs d’inculpation sont liés à un emprisonnement allant d’une année à 15 ans. Le code pénal autrichien ne prévoit pas le cumul des peines et ne retient que la peine la plus lourde.

L’accusé a ainsi récusé sa responsabilité dans la mort de l’un des sept enfants de l’inceste, un nourrisson décédé faute de soins quelques heures après sa naissance en 1996 dans la cave où Fritzl a détenu pendant 24 ans sa fille et trois des sept enfants de l’inceste. Après son arrestation, le 26 avril 2008, Fritzl avait avoué avoir brûlé le petit corps dans une chaudière de l’immeuble.

A son arrivée ce matin à la Cour , l’homme a refusé de montrer son visage aux caméras, se dissimulant derrière un grand classeur bleu. Pour sa première apparition devant la presse depuis la révélation de ce drame, Fritzl était vêtu d’une veste gris clair et d’un pantalon gris foncé et de chaussures de sport noires.

Après que la présidente de la Cour d’assises, Andrea Humer, a ordonné à la télévision de cesser de filmer, Josef Fritzl a déposé son classeur et, face à la magistrate, mais tournant le dos à la presse, il a répondu à l’interrogatoire d’identité, d’une voix douce: «Je suis retraité depuis l’âge de 60 ans», «ma retraite est de 1100 euros par mois», «je possède des biens immobiliers, mais je suis en instance de faillite».

Il a ensuite fait le récit d’une enfance difficile, aux côtés de sa mère célibataire, qui ne voulait pas de lui et qui le battait. «J’ai eu une enfance très dure», a expliqué l’accusé aux trois juges et huit jurés lorsqu’il a été prié de décrire les différentes étapes de sa vie.

Il a rappelé qu’il n’avait pas été un enfant désiré: «Ma mère ne voulait pas de moi. Elle avait déjà 42 ans. Elle ne voulait tout simplement pas d’enfant et m’a donc traité en conséquence. J’ai été battu», a-t-il relaté d’une voix calme. Il a ajouté qu’il s’était souvent caché sous la machine à coudre de sa mère ou un tas de bois dans l’appartement familial.

A l’âge de douze ans, il a annoncé à sa mère qu’il ne tolérerait plus d’être ainsi battu et qu’il se défendrait dorénavant. «A partir de là, j’étais un Satan pour elle», a-t-il indiqué en ne se rappelant pas avoir jamais eu «des relations un tant soit peu proches» avec elle. Sa mère a néanmoins vécu jusqu’à sa mort en 1980 dans la même maison que Fritzl. Quant au père, il n’a fait «que des apparitions sporadiques».

Pour que les jurés se rendent mieux compte de «l’atmosphère morbide» du cachot de 40 mètres carrés sans fenêtres ni ventilation, «où Fritzl a disposé de sa fille comme d’un objet en sa propriété», la procureure Christiane Burkheiser a exhibé des objets provenant de la cave d’Amstetten. «S’il vous plaît, respirez-en l’odeur», a-t-elle dit aux jurés, «alors vous saurez quelle odeur régnait dans le réduit pendant 24 ans».

Pour sa part, l’avocat de l’accusé, Rudolf Mayer, s’est efforcé une nouvelle fois de démontrer que son client «n’est pas un monstre»: «Un monstre aurait tué tout le monde (ses victimes dans la cave) et après c’était fini. Il aurait vécu une retraite paisible».