Rarement la politique familiale aura suscité autant de passions en Allemagne. En proposant, il y a trois semaines, de créer 500000 places supplémentaires dans les crèches et garderies pour les enfants âgés de moins de 3 ans d'ici à 2013, la ministre de la famille, Ursula von der Leyen (CDU), mère de sept enfants, a déclenché une véritable tempête politique. A tel point que la chancelière allemande, Angela Merkel (CDU), d'habitude plutôt discrète sur ces questions, est intervenue, dimanche 25 février, pour soutenir sa ministre en affirmant que «les pères et les mères doivent pouvoir être libres de choisir en matière d'éducation».

«Machines à procréer»

Mais l'intervention de l'Etat dans ce domaine suscite encore des réticences, surtout dans les milieux conservateurs. Aussi, les premières réactions négatives aux propositions de la ministre sont venues de l'Union chrétienne. A l'image des précédents débats en matière de politique familiale, les représentants de l'aile conservatrice de la CDU-CSU ont dénoncé un projet de nature à remettre en cause le modèle familial traditionnel, les 3 K: Kinder, Küche, Kirche (enfants, cuisine, Eglise), où la femme choisit de rester à la maison pour s'occuper des enfants. Pour leurs partisans, les idées de Mme von der Leyen se rapportent au modèle, honni à l'Ouest, de l'ex-RDA où les jeunes enfants étaient parqués du matin au soir dans les crèches.

Partageant ces craintes, l'Eglise catholique s'en est mêlée par la voix de l'évêque d'Augsbourg, Walter Mixa, qui a accusé la ministre de réduire les femmes à «des machines à procréer» en voulant les recruter «comme réservoir de main-d'œuvre pour l'industrie».

«Retour aux années 50»

Cherchant à calmer la polémique, le cardinal Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale, a salué les projets de la ministre, tout en mettant en garde contre l'«erreur fondamentale» qui consisterait à croire que «c'est l'Etat qui prend le mieux soin des enfants».

Face à ces attaques, la ministre de la famille a déclaré qu'il est «cynique de faire comme si l'offre de prise en charge des enfants était une obligation» et a mis en garde contre ceux qui veulent «ressusciter les années 1950 en 2010».

Constatant un important déficit du nombre de crèches et de garderies, particulièrement en Allemagne de l'Ouest, où, en moyenne, seuls 8% des enfants de moins de 3 ans peuvent bénéficier d'une prise en charge hors du foyer familial, la ministre a décidé d'agir pour mieux aider les parents à concilier famille et carrière professionnelle.

A l'image du salaire parental entré en vigueur en janvier, ce nouveau projet s'inscrit dans une politique familiale ambitieuse visant à relancer une natalité morose. Avec un taux de fécondité de 1,3 enfant par femme, l'Allemagne affiche l'un des niveaux les plus bas d'Europe.