Ils ont leurs amateurs, qui les collectionnent. Ils ont surtout leurs détracteurs, qui les maudissent parce qu'ils abîment les fruits, qu'ils sont si difficiles à décoller qu'on y use tout à la fois ses ongles et sa patience. On parle ici des «fruit stickers» ou «labels», ces étiquettes qui sont collées sur quasiment chaque fruit et chaque légume aux Etats-Unis. Contre ces étiquettes autocollantes, un ingénieur, Greg Douillard, a trouvé la parade: tatouer les fruits au laser. Les informations auparavant inscrites sur l'autocollant sont désormais gravées, par dépigmentation via brûlure, dans la couche supérieure de la peau de la pomme ou de la banane. Lancé en 2004 par la firme Durand-Wayland, distributeur géorgien de primeurs qui a embauché Greg Douillard, le Laser Coding a eu récemment les honneurs du New York Times, qui en a parlé comme d'une révolution.

Il faut savoir qu'aux Etats-Unis, la petite étiquette est incontournable. En quinze ans, le PLU (Price Look Up) a proliféré. Appellation, numéro d'identification, pays d'origine, origine bio ou génétiquement modifiée, toutes ces informations sont indiquées via un ensemble de numéros rassemblés sur l'étiquette. Opaques pour le consommateur lambda, ces données sont indispensables pour le caissier perdu entre toutes les variétés (il existerait quelque 1200 codes PLU) ainsi que pour les distributeurs et producteurs, qui peuvent contrôler les stocks écoulés et suivre la marchandise. Le PLU a été exporté au Canada, en Afrique du Sud ou encore en Europe, comme en France, au Royaume-Uni. Et parfois en Suisse.

Les consommateurs américains, c'est en tout cas ce que disent les premiers tests, se montreraient favorables au laser. Sunkist, producteur et distributeur de citrons, l'a adopté et vante les économies, en temps comme en argent, réalisées grâce au tatouage par laser. Le système, qui a reçu l'aval du gouvernement américain, est le dernier d'une palette visant à perfectionner la traçabilité du produit. D'autres trouvailles font concurrence au laser, comme des codes-barres miniatures ou des caméras dotées d'un système de reconnaissance avancée.

En Suisse, on n'en est pas encore là, même si le tatouage au laser rappelle le marquage, à l'encre alimentaire, de chaque carcasse de bétail destinée au commerce. Pour l'instant, rappelle Pierre Schauenberg, de la division principale Production et Affaires internationales de l'Office fédéral de l'agriculture, «les fruits et légumes doivent pouvoir être tracés comme n'importe quelle denrée alimentaire; et l'emballage doit mentionner la provenance, le prix au poids ou à l'unité. Codes-barres, étiquettes, tous les moyens sont possibles». Mais le temps du laser n'est peut-être pas si éloigné: en Suisse aussi, de plus en plus de produits font de leur traçabilité un (bon) argument de vente.