Une bagarre devant les locaux de la Communauté israélite de Lausanne à l'occasion de la projection d'un match Israël-Suisse; un étudiant d'une école talmudique pris à partie à la gare de Genève par deux individus qui lui crachent dessus et le menacent d'un couteau; des élèves taxés de «sales juifs» par un groupe de jeunes…. Ces incidents figurent en tête du premier recensement des actes antisémites en Suisse romande mené par la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation) entre octobre 2003 et décembre 2004.

D'autres, moins graves, sont plus nombreux: tracts négationnistes, croix gammées sur les murs, propos antisémites lancés à la cantonade par des personnages parfois influents. En tout, les enquêteurs qui ont interrogé les membres des communautés juives de Suisse romande en ont compté 34.

«Ce n'est pas Sarcelles», pour le dire avec les mots du président de la Cicad, Philippe Grumbach. Mais c'est déjà préoccupant. Parce qu'on y constate une banalisation de gestes naguère tabous. Parce que la liste s'est alourdie de l'incendie récent d'une synagogue et d'un magasin à Lugano. Et, estime le secrétaire de l'organisation, Johanne Gurfinkiel, sur la base d'exemples pas tous convaincants, parce qu'on assiste à une «libération de la parole antisémite» dans certains courriers de lecteurs et articles de presse.

Derrière ces gestes et ces propos, on trouve un cocktail malsain fait d'antisémitisme historique, d'amalgames construits sur l'antisionisme et d'antijudaïsme à caractère religieux présent notamment dans certains courants de l'islam. On y trouve surtout énormément d'ignorance. Et la montée en puissance de groupuscules formés de très jeunes gens qui s'abreuvent à une idéologie identitaire diffusée par des sites internet.

Face à cela, la Cicad estime que les stratégies mises en place ne sont plus entièrement adaptées. Si les départements de l'Instruction publique, notamment genevois et vaudois, consentent un effort important pour la prévention, le lien qui est souvent établi entre lutte contre le racisme et intégration des étrangers doit être remis en question: ce n'est pas faute d'intégration que les Suisses de confession juive sont visés. Un effort pédagogique doit viser les jeunes exposés aux idéologies d'extrême droite. L'article 261 bis du Code pénal, qui se trouve dans le collimateur de l'UDC, doit être défendu et renforcé. Enfin, les médias sont appelés à plus de vigilance.