Téléphones qui sonnent dans le vide, communiqués contradictoires, propos rassurants mais vite démentis... Les autorités françaises ont démontré mercredi leur difficulté à communiquer clairement lors d'incidents nucléaires, après la fuite de centaines de kilos d'uranium près de la centrale atomique du Tricastin, au sud de la vallée du Rhône.

Selon les autorités, quelque 224 kilos d'uranium en poudre, dilués dans 18000 litres d'eau, auraient été déversés lors d'une opération de nettoyage, dont 74 kilos se seraient échappés dans des rivières locales. La quantité initialement annoncée pour cette fuite était de 360 kilos d'uranium. Le moment où s'est produit l'incident (lundi soir et non mardi matin) a aussi dû être corrigé.

Surtout, alors que l'entreprise responsable de l'accident, la Socatri, affirmait qu'il avait été classé de niveau 1 sur l'échelle des risques nucléaires, qui va de 0 à 7 par degré de gravité croissant. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a expliqué qu'aucune note n'a été attribuée, en attendant de savoir ce qui s'est réellement passé.

Une inspection doit être conduite ce jeudi pour reconstituer le film des événements. Selon un responsable de la Socatri cité par Le Dauphiné, l'incident s'est produit lors du «transfert d'une solution contenant de l'uranium d'une cuve à une autre». L'ASN affirme qu'«un réservoir de la station de traitement des effluents uranifères [...] a débordé dans sa cuve de rétention. Celle-ci, en travaux, n'était plus étanche.»

Frayeurs

Evangelia Petit, responsable des relations avec la presse à l'ASN, se veut néanmoins rassurante: les quantités d'uranium sont certes impressionnantes, mais «il s'agit d'uranium naturel», faiblement radioactif, et non du combustible enrichi utilisé pour alimenter les centrales. En outre, l'uranium a été «dilué dans des volumes d'eau très importants». «L'incident est géré, maîtrisé», conclut-elle.

Les habitants du coin ont quand même eu quelques frayeurs. Notamment ces 100 baigneurs évacués, mardi, d'un plan d'eau proche de la centrale nucléaire. Dans un ruisseau voisin, une concentration d'uranium mille fois supérieure à la normale a été mesurée. Elle a ensuite diminué rapidement, selon l'ASN.

Tout en insistant sur le caractère bénin de l'incident, les autorités locales ont interdit la consommation d'eau issue de puits ou de forages privés, la baignade, l'arrosage des jardins, l'irrigation, la pêche et la consommation de poissons dans la zone voisine de la centrale du Tricastin.

Les organisations antinucléaires ont vivement réagi. Selon Greenpeace, «cet accident démontre que le nucléaire n'est pas une énergie propre». Mais il en faudra plus pour que la France renonce à ses centrales: Nicolas Sarkozy vient d'annoncer la construction d'un deuxième réacteur de nouvelle génération, l'EPR, dans un lieu à déterminer. Le site du Tricastin fait figure de candidat sérieux.