Une étude menée conjointement par les chercheurs des universités de Lausanne et Calgary montre que les fumeurs actifs présentent un risque plus élevé de diabète que les non-fumeurs. Elle est publiée ce mercredi dans le Journal of the American Medical Association (JAMA). Il s'agit en fait d'une méta-analyse de nombreuses études menées sur le sujet et réalisée par Carole Willi pour sa thèse de doctorat.

Ces résultats sont préoccupants lorsque l'on sait que les cas de diabète de type 2, le diabète de l'âge adulte marqué par une résistance à l'insuline, sont en large augmentation. Tout comme le nombre de décès dus au tabac: 4 millions par an dans le monde. Explications de Jacques Cornuz professeur de médecine à la policlinique et au CHUV, coauteur de l'étude.

Le Temps: Pourquoi avoir choisi de faire une méta-analyse sur le lien entre le diabète et le tabagisme actif?

Jacques Cornuz: Nous avions une vision un peu fragmentaire des choses et nous avons souhaité dresser une synthèse des connaissances mondiales sur le sujet. Nous avons voulu savoir si l'on pouvait considérer la fumée comme un facteur de risque pour le diabète. Après avoir analysé 25 études de cohorte prospectives comprenant 1,2 million de personnes, la réponse est oui.

- Le tabagisme peut-il déclencher un diabète?

- Le lien de causalité n'est pas avéré mais trois éléments le suggèrent fortement. Premièrement il y a un lien temporel: le tabagisme précède la maladie. Deuxièmement, on observe que le risque augmente avec la consommation de tabac: les petits fumeurs ont un risque moins élevé que les gros fumeurs. Enfin, on peut expliquer l'apparition du diabète chez les fumeurs par un mécanisme physiologique.

- Quel mécanisme?

- On sait que certains fumeurs développent une résistance à l'insuline, une condition nécessaire au développement du diabète de type 2. C'est probablement un effet toxique du tabac ou de la fumée sur les cellules bêta du pancréas qui produisent l'insuline. Par ailleurs, on sait également que si les fumeurs ont en moyenne un poids légèrement inférieur à la norme, ils présentent souvent un dépôt de graisse viscérale abdominale plus important. Une des conditions pour développer un diabète. Il est possible que l'influence du tabac sur le cortisol, une hormone du métabolisme, et sur les hormones sexuelles, en défaveur des œstrogènes (ndlr: hormone féminine), joue un rôle dans le stockage de la graisse abdominale.

- Le tabac est-il le seul responsable de l'augmentation du diabète chez les fumeurs?

- On ne sait pas. Il y a probablement un effet direct mais le mode de vie joue aussi un rôle, le manque d'activité physique et l'obésité. C'est un domaine de recherche passionnant et nous allons continuer à l'explorer. D'autant plus qu'il se trouve dans nos domaines de compétence de notre institution: fumée, obésité et diabète.

- Et les personnes exposées à la fumée passive, courent-elles un risque accru de diabète?

- Quelques éléments nous donnent à penser que c'est peut-être le cas. Pour l'instant, nous ne nous sommes pas intéressés à ce sujet, mais il est important.