On le dit parfois hermétique. Le dialecte est pourtant aussi poreux et enclin à s’inspirer des langues voisines, notamment du français, soumis, lui, au bon vouloir de l’Académie. Pour terminer cette incursion estivale dans le dialecte, voici l’illustration d’une désinvolture linguistique. Comment s’inspirer d’un vocable de la langue voisine pour l’utiliser dans un contexte différent, oubliant au passage les connotations vulgaires ou plus anciennement sexuelles.

Avec «futieren», nous abordons en réalité un helvétisme, soit un terme accepté dans le «hoch­deutsch» standard helvétique, selon le vénérable Duden, autorité similaire au Petit Robert. Ce terme peut donc très bien se retrouver à l’écrit. A traduire littéralement: s’en foutre. «Mais d’une manière beaucoup plus noble qu’en français», souligne une linguiste.

Voici deux exemples lus dans la presse: «Spinnts üs eigentlech? Wär futiert sech um so ne doofe Bäri mit Huet u wiso?» («Qui se soucie de pareils oursons ridicules avec un chapeau et pourquoi?») (ndlr: référence à une campagne publicitaire d’un grand magasin). Second exemple: «Es gibt nämlich auch Mütter und Väter, die sich um Erziehung futieren» («Il existe aussi des pères et mères qui ne s’intéressent pas à l’éducation»). Rien à craindre donc: même lors d’un tête-à-tête amoureux, «futieren» ne sera pas ponctué, en guise de réponse, d’une insulte ou d’une gifle.

Nous avons déjà vu, lors d’une chronique antérieure, les vertus apaisantes du dialecte («Das Füdli» LT 23.07.11). Avec «futieren», il puise dans le français familier pour en extraire un verbe politiquement correct. Petit rappel: de la même manière que les Romands ont leurs «putzes» ou leurs «schleckries», les Alémaniques, surtout les frontaliers, ont aimé nos «Trottoir» et nos «Paraplü». Et certains, à l’image du poète bernois Pedro Lenz dans une chronique de la NZZ am Sonntag, secouent les esprits avec un « nondediö » auquel on pardonne tout.