Les exploitants de balances de watt se rencontrent une fois par année de façon informelle. Lors de leur dernière réunion, il y a moins d'un mois, ils ont discuté d'une question plutôt inattendue: la description d'une unité fondamentale doit-elle être compréhensible par le grand public? Ou au moins par un public averti, de gymnasiens par exemple? Car la définition du nouveau kilogramme, si les balances de watt fonctionnent un jour, s'annonce coriace. En 1999, deux chercheurs se sont demandé à quoi elle pourrait ressembler. Voici le résultat: «Le kilogramme est la masse d'un corps au repos dont l'énergie équivalente est égale à l'énergie d'une collection de photons dont la somme des fréquences vaut 135 639 274 · 1042Hz.» Cette définition fait appel à la relativité générale d'Einstein et à l'équivalence de la masse et de l'énergie (la fameuse formule E = mc2). Elle utilise encore la proportionnalité qui existe entre l'énergie d'un photon et sa fréquence, et nécessite de comprendre ce qu'est la constante de Planck. Autant dire que, pour la majorité de la population, le kilogramme restera «à peu près la masse d'un litre d'eau». Drôle de paradoxe: l'unité fondamentale la plus concrète est en passe de recevoir la définition la plus abstraite jamais imaginée.