En soi, le thème de la soirée déguisée était déjà douteux: «colons et indigènes». Mais l'accoutrement choisi par le prince Harry, troisième prétendant à la Couronne britannique dans l'ordre de succession, ne laisse pas le moindre doute à l'opinion publique britannique: la photo publiée, hier matin, en une du tabloïd The Sun, du fils cadet du prince Charles déguisé en nazi a déclenché une condamnation unanime. Brassard bardé de la croix gammée autour du biceps, Harry, 20 ans, avait en effet décidé d'aller fêter l'anniversaire d'un ami revêtu de l'uniforme de l'Afrikakorps, le corps de l'armée du Troisième Reich envoyé en Libye. A en croire le journal qui publie la photo sous la manchette «Harry le Nazi», il avait même épinglé un drapeau allemand au dos de sa veste et un badge de la Wehrmacht sur son col.

Pour les Britanniques, le choix de ce costume demeure incompréhensible. Il est tout d'abord de très mauvais goût, quelles que soient finalement les circonstances dans lesquelles il a pu être arboré. Mais tout un chacun ne pouvait s'empêcher de noter, en outre, que «la soirée n'avait même pas pour thème le Troisième Reich». Alors pourquoi Harry a-t-il choisi cet uniforme alors que son frère aîné, William, était accoutré d'un costume de lion qu'il avait confectionné lui même, et que la jeune fille aux côtés de Harry s'en était tenue à un prudent déguisement de Pocahontas?

«Je suis vraiment désolé si j'ai offensé ou embarrassé quelqu'un. C'était un mauvais choix de costume, et je présente mes excuses», tentait péniblement de se justifier Harry hier dans un communiqué alors que la polémique gagnait en vigueur et que les appels se multipliaient pour qu'il s'excuse en personne à la télévision. Ancien porte-parole de la monarchie britannique, Dickie Arbiter, est tout particulièrement monté au créneau, jugeant que «s'il veut être traité en adulte, il doit se comporter en adulte et doit présenter des excuses en personne». «Il a reçu une très bonne éducation et devrait être intelligent. On se demande ce qui lui en est resté», a enfoncé le clou l'ancien porte-parole qui souligne que le prince rebelle a sans doute besoin «d'une bonne reprise en main dans l'armée».

Dans la communauté juive, la une du Sun a également suscité un vif émoi. «C'est un acte honteux, témoignant d'un manque de sensibilité pour les victimes, pas seulement pour les soldats de son propre pays qui ont donné leur vie pour vaincre le nazisme, mais aussi pour les victimes de l'Holocauste, a ainsi réagi le centre Simon Wiesenthal. Nous conseillons vivement au prince Harry d'accompagner la délégation britannique qui se rendra le 27 janvier au camp de la mort d'Auschwitz pour marquer le 60e anniversaire de la libération du camp.» Cette polémique tombe en effet au pire moment, pour la monarchie britannique, puisque la Grande-Bretagne, reine Elisabeth en tête, s'apprête à participer aux cérémonies de commémoration des victimes de la Shoah, à la fin du mois.

Avec son brassard à la croix gammée, le cadet des fils de Charles a en outre réussi à se mettre à dos bon nombre de vétérans et de militaires britanniques. Or Harry devait justement compter bientôt parmi eux: il doit intégrer en mai la prestigieuse académie militaire Standhurst qui fera de lui un officier de l'armée de Sa Majesté. Mais Doug Henderson, ancien secrétaire d'Etat aux forces armées, s'offusquait hier que le prince y soit toujours accepté en dépit de cette récente provocation, arguant que «s'il s'agissait de n'importe qui d'autre, sa demande pour y entrer ne serait pas même examinée». D'autres grimaçaient enfin que le cadet des princes aurait cette fois perdu une occasion de se racheter une image: déjà souvent décrit comme un rebelle et photographié un joint à la bouche ou éméché, Harry est devenu très tôt un habitué de la presse à scandale. Depuis hier, l'enfant terrible des Windsor est devenu franchement encombrant pour la famille royale.

Mais le malaise qui a suivi la publication de la photo dépasse le simple cas de Harry et pousse les Britanniques à revenir sur cette révélation assourdissante sortie d'un sondage du quotidien britannique The Daily Telegraph début décembre: 45% de la population outre-Manche affirme n'avoir «jamais entendu parler du camp de concentration d'Auschwitz». Chez les femmes et chez les moins de 35 ans, ce pourcentage grimpe même à 60%. A l'approche des célébrations marquant les 60 ans de la libération d'Auschwitz, les chaînes de télévision ont donc fait œuvre pédagogique. La BBC vient par exemple de diffuser ces dernières semaines une série de nombreux documentaires entièrement consacrés à l'Holocauste.