En Allemagne, on ne rigole pas avec l'euro. La campagne d'information de la Bundesbank et des banques régionales ignore pour l'instant largement la dimension ludique de l'information. Rares sont les jeux proposés pour s'habituer à la valeur concrète de la monnaie unique. Les télévisions publiques n'ont par exemple pas commencé à diffuser de spots TV pratiques taquinant l'instinct de consommateur du citoyen ordinaire, contrairement à la France.

L'information donnée par la Bundesbank et les banques régionales est avant tout «sachlich»: c'est-à-dire objective, factuelle, documentée. «Pour gagner la confiance des Allemands, il faut les convaincre, pas les amuser», note Manfred Reinhard, journaliste économique indépendant à Berlin. Un événement, l'introduction de l'euro? «Sans doute, mais pas au sens passionnel. Il faut voir que l'Allemagne a expérimenté il y a onze ans le remplacement du mark est-allemand par le mark sans problèmes majeurs», ajoute-t-il.

Le site Internet de la Bundesbank donne un bel exemple de cette préparation austère, sérieuse, typiquement germanique. L'internaute peut charger une masse de documentation sur l'euro, le pourquoi et le comment de la monnaie unique. Mais la page d'accueil ne met pas en évidence l'information toute simple que constitue la valeur de l'euro en mark. La clef de conversion (1 euro = 1,95583mark) est pourtant la seule donnée qui finalement intéresse vraiment les ménages.

Avec ce taux de change, les Allemands sont des veinards. Il leur suffit de diviser chaque prix par deux pour connaître sa valeur en euro. Le litre de lait à 1 mark 29 vaut 0,66 euro; la baguette à 1,99 mark coûte 1,02 euro. Rien de plus simple pour qui ne se soucie pas de l'exactitude au centime près de la conversion. Le risque de gruger le consommateur sur des montants importants est faible.

Peut-être que cela explique aussi la timidité, jusqu'à aujourd'hui, de la campagne de sensibilisation à la valeur de l'euro. Les deux principales actions médiatiques depuis le début de l'année portaient sur d'autres thèmes. Ce fut d'abord la collecte anticipée des tonnes de pfennigs en circulation. Dans un spot TV, un célèbre acteur populaire allemand invitait ses compatriotes à vider leur bas de laine. Puis, dans un registre différent, le ministère des finances a sollicité le soutien des Allemands dans l'euro. Sur des affiches géantes placardées dans la rue, des figures de la société allemande, comme l'ancien chancelier Helmut Schmid, affirmaient haut et fort, en regardant le passant droit dans les yeux: «J'ai confiance dans l'euro».