«Les pluies correspondent à notre retraite annuelle, le Vassah. Trois mois durant, nous nous coupons du monde pour nous concentrer sur l’étude, la prière et la méditation. Nous gagnons ainsi du karma positif pour nous mais aussi pour nos fidèles. J’aime cette période car tout se fait ensemble, il y a un sentiment de solidarité accru.

»Nous sommes 100 bonzes ici. Nous étudions les textes sacrés, en pali et en sanskrit, mais aussi le khmer, l’anglais, les mathématiques. A la pagode, on peut passer son bac avec option pali et textes religieux. Parmi les aliments interdits, le serpent, le chien, le cheval, l’humain, l’éléphant, le tigre. L’alcool aussi. Quant aux cigarettes, la question ne se pose plus car, depuis les campagnes antitabac, les fidèles ne nous en apportent plus.

»Nous nous levons avant 4h pour les matinales, nous déjeunons de la soupe de riz, et étudions en groupe. A 11h, nous prenons notre dernier repas de la journée: du riz, et un ou deux plats cuisinés par nos fidèles. Puis chacun gagne sa cellule pour se reposer et étudier. A 14h, les travaux de maintenance de la pagode. A 16h30, nous reprenons les prières, puis les études en groupe. Les bonzes doivent être rentrés avant le coucher, dès que les lignes de la main ne sont plus visibles à l’œil nu. Après 19h, chacun étudie et médite dans sa cellule jusqu’à 23h.

»La période la plus intense est celle des 15 jours de prières continues. Elles s’adressent aux vivants, pour les ramener dans le droit chemin (fornication, alcool, jeux), mais aussi aux morts mal réincarnés, notamment les prêts – ces géants à la bouche aussi petite qu’une tête d’épingle et qui ont toujours faim – ainsi que les chiens et chats errants, les fourmis, les cancrelats, les oiseaux – qui sont des réincarnations régressives. Les prières aux morts se font avant l’aube car ils ne supportent pas la lumière.»