Société

Galileo se consume dans les nuages de Jupiter

Fin du voyage pour la sonde américaine. En quatorze ans, elle a parcouru plus de 4,5 milliards de km et effectué 34 révolutions autour de la plus grosse planète du système solaire. Elle a réalisé de magnifiques images de ses principaux satellites: Io la volcanique et Europa la lune de glace.

Hier soir, la sonde Galileo s'est consumée dans l'atmosphère épaisse de Jupiter. Après quatorze ans de service et une expédition de plus de 4,5 milliards de km, l'appareil a terminé sa mission, avalé par la planète qu'il a si longtemps étudiée. Le saut fatal a été décidé par les ingénieurs de la NASA pour éviter que l'engin ne continue à errer dans l'espace jovien et finisse un jour sa course par accident sur Europa. Cette lune, l'une des 4 principales sur les 61 que compte la géante gazeuse, renferme un océan sous une importante croûte de glace. La pire des choses pour les scientifiques aurait été de contaminer ce système – potentiellement capable de renfermer de la vie – avec une hypothétique bactérie emportée par la sonde américaine depuis la Terre.

Avant de disparaître, Galileo a croisé hier une dernière fois l'orbite de Io, le satellite à l'activité volcanique intense. Quelques instants plus tard, en raison des radiations émises par Jupiter, le système d'orientation de la sonde est devenu aveugle. A 20 h 48, heure suisse, elle a passé l'orbite de la petite lune Amalthea. Une demi-heure après, elle a croisé la trajectoire des satellites les plus internes, Adrastea et Metis, à 57 500 km au-dessus des nuages. A 21 h 42, Galileo est entrée dans l'ombre de la géante gazeuse, une minute avant de perdre tout contact avec la Terre. Six minutes plus tard, il n'en restait que des cendres.

Par ses innombrables photographies et mesures, la sonde américaine a révélé la vraie nature de Jupiter et, surtout, de son environnement. Elle a effectué 34 révolutions autour de la planète, frôlant 7 fois Io, 6 fois Ganymede, 8 fois Callisto et pas moins de 10 fois Europa, pour ne parler que des plus grands satellites. La lune la plus spectaculaire est Io et ses éternels volcans, torturée par la promiscuité massive de Jupiter. Aucun impact de météorites n'est visible, indiquant que les éruptions et les coulées de laves recouvrent sans cesse la surface.

L'autre perle jovienne est Europa. Sa surface, abondamment photographiée, est en réalité une immense banquise sans cesse fragmentée et ressoudée, reposant probablement sur de l'eau salée dont on ignore la profondeur. Si cet océan existe – il manque encore une preuve définitive –, il s'agirait de la seule réserve d'eau liquide connue dans le système solaire en dehors de la Terre. Les scientifiques se sont donc mis à rêver: Et si de la vie s'était développée dans cette mer cachée? Pour s'en assurer, il faudrait s'y rendre et forer la couche de glace pour prélever des échantillons. Mais celle-ci mesure probablement plusieurs km d'épaisseur.

Par ailleurs, les différentes mesures de Galileo ont fourni des indices en faveur de la présence d'eau liquide et salée sur Ganymede et Callisto, dont l'apparence extérieure est plus classique. Elles ont également révélé la composition de l'atmosphère de Jupiter. Il se trouve notamment que les abondances relatives des différents éléments chimiques ne sont pas les mêmes que dans le Soleil, suggérant une évolution différente de la planète depuis sa formation à partir de la nébuleuse qui a donné naissance au système solaire.

La sonde, sur son chemin vers Jupiter, a aussi été le premier appareil de fabrication humaine à survoler et à photographier de près des astéroïdes, Gaspra en 1991 et Ida en 1993. Elle a même découvert, tournant autour de cette dernière, un petit rocher baptisé Dactyl. Et en 1994, elle a photographié la désintégration de la comète Shoemaker-Levy dans l'atmosphère de Jupiter. Le prochain rendez-vous avec une des planètes extérieures du système solaire est désormais fixé par la sonde Cassini qui doit se mettre en orbite autour de Saturne en 2004.

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