Drogué, stressé, atteint d'une broncho-pneumonie et d'une tumeur au cerveau. C'est cette situation psychologique et physiologique difficile qui aurait poussé le caporal des gardes suisses, Cédric Tornay, à assassiner, le 4 mai dernier, de plusieurs coups de revolver son nouveau commandant Alois Estermann et sa femme Gladys, avant de retourner l'arme contre lui. Hier, le Vatican a finalement publié une partie de l'instruction qui, au bout de neuf mois d'enquête, confirme la version «du geste de folie» présentée dès le lendemain du drame par le porte-parole du Vatican Joaquim Navarro Valls. Selon la reconstruction du juge Nicola Picardi, le caporal Tornay aurait en effet agi seul en s'introduisant dans l'appartement du couple Estermann vers 20 h 45 alors que le commandant se trouvait au téléphone. Le jeune soldat aurait immédiatement tiré quatre coups de pistolet, tuant ses deux victimes, avant de s'agenouiller et de se tirer un cinquième projectile dans la tête. Selon le rapport d'instruction, il n'existerait pas un seul mobile du crime mais un ensemble de causes relatives à la personnalité et à la santé de Cédric Tornay.

Quelque temps avant la tragédie, ce dernier aurait eu des comportements jugés «irrévérencieux et irresponsables […] en particulier pour un militaire». Exemples: le caporal Tornay aurait, sans permission, passé deux nuits à l'extérieur du Vatican. «Une autre fois, alors qu'il fumait assis sur un vieux canon, il ne se serait pas levé pour saluer son commandant et son épouse.» «De tels épisodes peuvent représenter des symptômes de troubles du comportement qui pourraient trouver leur cause dans une lésion du cerveau», soutient le rapport «ainsi que dans des éléments éducatifs et culturels».

L'autopsie aurait en effet révélé la présence «dans le crâne de Tornay d'un kyste de la grandeur d'un œuf de pigeon», mais aussi de traces de cannabis dans les urines. Du haschich aurait par ailleurs été retrouvé dans ses tiroirs. Le juge d'instruction n'hésite pas à en tirer la conclusion que Tornay pouvait être un usager chronique de drogue ce qui, à ses yeux, «permettrait d'expliquer ultérieurement le comportement du caporal».

Pour le juge instructeur du Tribunal du Vatican, l'affaire est donc close et le dossier classé. Sans doute, au grand désarroi de Muguette Baudat, la mère du jeune Tornay qui dimanche, dans le quotidien romain Il Messaggero, affirmait être convaincue que son fils avait été victime «d'une mise en scène orchestrée pour éliminer Estermann et présenter un assassin fou et mort» (lire LT d'hier). Jusqu'à présent, Muguette Baudat – qui selon Il Messagero fonde en partie son analyse sur le dernier roman de Gérard de Villiers intitulé L'espion du Vatican! – n'a pas fourni de preuves sur la présence, selon elle, d'une quatrième personne sur les lieux du drame.

Les conclusions du juge concernant la présence éventuelle de cette quatrième personne risquent de ne pas satisfaire tout le monde. «Il est très improbable que des étrangers, voire des habitués des lieux, puissent entrer, à cette heure, dans le quartier des gardes suisses sans être repérés», affirme-t-il. Mais surtout, il soutient étrangement «que l'étroitesse des lieux n'aurait pas permis la présence dans la salle de séjour-bureau d'une quatrième personne»!