Humour

Gaspard Boesch, l’Extra Terrien à l’humour hors-sol de «Station Horizon»

Depuis trente ans, Gaspard Boesch fait rire Genève avec son humour hors-sol. Dans la série «Station Horizon», sur la RTS, il joue Charly, un gentil

Depuis trente ans, Gaspard Boesch fait rire Genève avec son humour hors-sol

Dans la série «Station Horizon»,sur la RTS, il joue Charly, un gentil

Ne le répétez à personne, mais Gaspard Boesch est un Martien. On ne dit pas ça à cause de ses yeux, deux billes bleues qui le font ressembler à Jacques Villeret dans La Soupe aux choux. Enfin, un peu quand même. Car le rapprochement est tentant. Comme feu l’acteur français, le comédien genevois est assez rond et, de la Cie Confiture à la Revue, il a fait du rire son métier.

Non, si on prétend que Gaspard Boesch vient d’ailleurs, c’est parce qu’il fonctionne comme un extraterrestre. Très peu de sommeil, une activité de tous les instants, un sens pédagogique limité et des envies d’attentats comiques à tous les coins de rue. Il n’est pas commun, ce Terrien. Pourtant, il incarne un type très ordinaire dans Station Horizon, la dernière série de la RTS dont le deuxième épisode sera diffusé demain. Il joue Charly, un bon gars aux favoris fournis qui fait bien l’amour à sa femme alors que miss bigoudi ne pense qu’au profit… Poor Charly!

Station Horizon? C’est le classique affrontement du cœur et de l’argent. Des petits, forts en gueule, attachants, opposés aux magouilles des grands. Gaspard Boesch, Charly, se tient du côté de la bricole sympathique. Avec son frère, le beau Joris (Bernard Yerlès), il doit défendre la station-service paternelle face aux appétits du promoteur immobilier et routier, le bien nommé Raymond Héritier (Roland Vouilloz). Ça va saigner. Surtout que le duel se déroule sous le soleil du Valais, canton pas frileux en matière de rapports musclés…

On rencontre Gaspard Boesch dans un café genevois de la Vieille-Ville. Un lieu cosy, aux antipodes de l’ambiance Far West de la série. Très vite, l’auteur qu’il est l’emporte sur l’acteur. «Station Horizon, c’est un soap branché rock’n’roll, observe-t-il. Le scénario est classique, mais les dialogues vont plus loin que les dialogues des séries ordinaires. Ils sont plus trash et les rapports entre les gens sont plus fouillés.» Pierre Adrian Irlé et Romain Graf, auteurs et réalisateurs de cette production, «sont Suisses, mais ils sont allés faire leurs études de cinéma en Belgique et ça se sent!» précise Gaspard Boesch. Surtout, le comédien genevois se réjouit du changement de ton à la tête du Département fiction de la RTS. «Pour une fois, les décideurs de la RTS se décomplexent et proposent une série qu’on a envie de voir. Une proposition carrée, culottée. Pas un truc pâlot qui, voulant faire plaisir à tout le monde, ne satisfait personne.»

Est-ce la Revue qui lui a donné ce franc-parler? Pas vraiment. Gaspard Boesch, 46 ans et trois enfants, n’a jamais été du genre à nuancer. «Quand je me suis mis à jouer aux jeux vidéo, une console est passée par la fenêtre. Je jouais, jouais, jouais, sans pouvoir m’arrêter.» Son épouse d’alors a dû opter pour la manière forte. «Pareil quand j’écris. Ces temps, je dors quatre-cinq heures par nuit. Je suis sur cinq trucs à la fois, le sommeil attendra.» Et la santé? Un humain de plus de 40 ans normalement constitué doit bien souffler, non? Silence. Regard bleu acier. Et là, on se souvient: ah oui, Gaspard Boesch est un Martien…!

Le comique a pourtant dû redescendre sur Terre, durant les six ans qu’a duré l’aventure de la Revue. Pour les non-initiés, la Revue, à Genève, comme dans d’autres communes romandes, c’est un retour insolent sur l’actualité de l’année écoulée. L’actualité locale, mais aussi mondiale. «Je suis devenu un fou des journaux. Et des sites d’information alternatifs, comme Agoravox ou Bakchich. info pour aller voir derrière le miroir…» La Revue, c’est aussi du spectacle, danse et chant. Du bon divertissement.

Un défi que Gaspard Boesch a relevé avec son alter ego comique, Philippe Cohen, avec qui il a fondé la Cie Confiture en 1996. Là aussi, des spectacles joyeux, bonne pâte qui font des cartons depuis près de vingt ans. «Juste pour comparer, on a plus d’abonnés que la Comédie de Genève avec un budget vingt fois inférieur.» C’est aussi du théâtre plus facile d’accès, non? «Ok, mais il faut les produire, les deux, trois spectacles par année, 50 en tout. On est une vraie usine, on ne s’arrête jamais!» précise l’artiste, comme si on n’avait pas encore noté son côté survolté…

Retour à la Revue, qui a connu des revers critiques et publics, surtout au début. Son regard sur cette entreprise qui est aujour­d’hui à nouveau dans les mains de Pierre Naftule? «On réduit trop cette production à une série de gags en dessous de la ceinture, regrette-t-il. Avec Philippe, on a voulu aborder des sujets de société, comme le rôle de la famille, les assurances ou le manque de logements à Genève. On a souhaité élever le débat, ce qui a dérouté certains aficionados du genre. Mais, globalement, je garde un excellent souvenir de ces six ans. Faire du grand spectacle avec un gros budget, c’est un très bon exercice.»

Gaspard Boesch, c’est aussi un fan inconditionnel de Boris Vian, «le maître incontesté, inégalé». Et l’ex-mari de Brigitte Rosset, notre comique préférée, «qui a su rire de sa souffrance amoureuse, la classe!». Ou «le musicien raté» d’une famille de virtuoses. Sa sœur Sarah est flûtiste et son père, Rainer Boesch, a été le pape de la musique électro-acoustique à Genève. Gaspard Boesch, c’est encore un diplômé en architecture d’intérieur, fan du design des années soixante, avec un faible pour les lampes vintage. Et un ex-passionné de jeux vidéo qui, désormais, compte s’installer «un atelier pour bricoler des chaises».

Son prochain spectacle dans le cadre de la Cie Confiture? Feydeau à moto, du 9 au 19 avril. «La réécriture d’une farce de Feydeau où deux jeunes provinciaux vont dans une agence de rencontres en pensant aller dans une agence de placement… Je vous laisse imaginer les quiproquos! J’ai recontextualisé la farce dans un club de motards, pour retrouver les rapports hiérarchiques propres au monde bourgeois. Dans un club de moto, les nouveaux sont des larbins qui doivent faire leurs preuves.». Il fallait y penser. L’analogie ne s’impose pas d’emblée… «Feydeau pourrait tout aussi bien être monté dans une secte. Il y a, chez lui, une forme de violence dans l’humiliation des individus.» De plus en plus galactique. Mais, c’est vrai, Gaspard Boesch est un extra-terrien.

«Pour une fois, les décideurs de la RTS se décomplexent et proposent une série qu’on a envie de voir»

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