Un kilo, deux kilos… sans bruit ni odeur, le réservoir de l'Opel se remplit lentement de gaz naturel comprimé à 200 bars. La station, ouverte la semaine dernière à Langenthal, affiche le prix du carburant en kg (1,55 franc) ou son équivalent en litre (1,035 franc). Devant l'unique colonne de la station, les clients ne se bousculent pas. Seuls 300 véhicules au gaz circulent actuellement sur les routes suisses. Il s'agit pour l'essentiel de Fiat Multipla Bipower et de Volvo S80, S60 ou V70. Des Opel Zafira CNG (pour «Compressed Natural Gas») pourraient bientôt renforcer ces rangs clairsemés. «La partie n'est toutefois pas gagnée d'avance», concède Nicolas Berberat, porte-parole pour la Suisse de la marque allemande.

Contrairement à l'Italie, où 370 000 voitures roulent au gaz naturel, voire à l'Argentine (630 000 véhicules), la pompe au gaz a du mal à s'amorcer en Suisse. Outre le faible nombre de modèles disponibles, le réseau d'approvisionnement en gaz est rudimentaire: à peine 24 stations en Suisse. Aucune en Valais ou à Genève.

«La situation devrait rapidement s'améliorer, s'enthousiasme Hans Wach, directeur de Gasverbund Mittelland, l'une des quatre grandes sociétés de distribution du gaz en Suisse. Le rythme d'ouverture des stations devrait bientôt être d'une par mois. Nous devrions atteindre d'ici à trois ans la centaine de stations, seuil qui correspond à une couverture minimale du territoire. En 2010, selon nos projections, 50 000 véhicules au gaz se déplaceront en Suisse. Notre effort n'est pas isolé. En 2020, selon L'Union européenne, 10% des carburants automobiles devront être du gaz naturel.»

Autre handicap majeur à l'entrée en scène du gaz: la fiscalité qui le frappe à hauteur de 80 ct par litre. Pour être attractif, estiment ses promoteurs, le carburant devrait voir sa charge fiscale réduite de moitié. Cet hiver, le Conseil national examinera deux motions visant à réduire ces impôts. L'une porte sur le seul gaz, qu'il soit liquide, naturel ou dérivé du compostage. L'autre motion, qui fâche les organisations de protection de l'environnement, englobe à la fois le diesel et le gaz. «Les deux carburants n'ont pas du tout les mêmes nocivités, note Emmanuelle Robert, porte-parole de l'association écologiste Transports et Environnement. Le gaz naturel, que nous soutenons, produit nettement moins de CO2 et surtout de suies que le diesel.»

S'il est loin d'être propre, le gaz naturel a un bilan écologique plutôt favorable. La transformation du méthane en carburant exige moins d'énergie que l'essence ou le diesel. Des pipelines souterrains se chargent de son transport, loin des supertankers et camions-citernes qui transbahutent les autres hydrocarbures. Avec son taux d'octane de 130, il présente bien sûr le plan énergétique et, par rapport à l'essence, produit de 60 à 95% de polluants en moins. Le gaz naturel est moins facilement inflammable que ses concurrents, et les bonbonnes qui le contiennent sont bardées de valves de sécurité.

Pour être vraiment séduisantes en Suisse, les automobiles au gaz devront se révéler un peu plus nerveuses que le monospace Zafira CNG, équipé d'un petit moteur 1,6 litre. Au prix de 31 000 francs l'unité (4000 francs de plus que son équivalent à essence), Opel Suisse espère commercialiser 150 Zafira CNG par année. Dit «monovalent», contrairement à ses concurrents «bivalents» qui marchent aussi bien au gaz qu'à l'essence, ce monospace a été conçu pour avoir un rendement maximal au gaz naturel. Il est toutefois équipé d'un petit réservoir d'essence de secours. Cette Opel se destine en priorité aux sociétés du gaz, aux compagnies de taxis, aux auto-écoles, ainsi qu'à l'encore parsemée «clientèle verte».