Le Conseil de l'Eglise protestante de Genève a suspendu mardi soir avec effet immédiat un pasteur accusé d'avoir fait subir des actes sadomasochistes à sa femme de ménage. Comme l'a révélé la Tribune de Genève jeudi, le pasteur en question est soupçonné d'avoir profité du lien de dépendance créé avec une jeune femme de 25 ans, d'origine étrangère. Agé de 47 ans, l'homme d'Eglise avait en effet aidé celle-ci à trouver un appartement et à financer ses études. Il lui avait également proposé des heures de ménage. Agacé par des factures de téléphone exagérées, il lui aurait donné la fessée à plusieurs reprises et l'aurait frappée avec un fouet et une tapette en cuir. Il l'aurait également contrainte à s'agenouiller devant lui.

La dernière «punition» a décidé la jeune femme à porter plainte. Le pasteur l'aurait en effet obligée à se mettre à plat ventre sur la table de la salle à manger, les bras en croix. Puis il lui aurait enlevé sa culotte pour la fesser avec les mains et un martinet. Une perquisition au domicile du ministre a permis de trouver une panoplie sadomasochiste ainsi que des DVD pornographiques mettant en scène des domestiques maltraités par des maîtres de maison.

Cette affaire pose la question du discernement pastoral. Entretien avec Albert-Luc de Haller, responsable des ministères au sein de l'Eglise protestante de Genève (EPG).

Le Temps: L'EPG a-t-elle mis en place une procédure de discernement afin de déterminer la maturité psychologique et sexuelle des aspirants pasteurs?

Albert-Luc de Haller: Oui, mais pas centrée sur ces axes seulement. Les candidats au ministère doivent effectuer plusieurs passages devant la commission de formation aux ministères. Le stage est également un lieu de discernement. Une fois pasteurs, ils sont suivis par la commission du ministère. Un accompagnement au jour le jour est effectué par les conseils de paroisse. Mais nous n'avons pas introduit de tests psychologiques. Ceux-ci ne permettent pas forcément de débusquer ce qui est tapi dans les tréfonds d'un être humain. Et, si l'on arrivait à déceler quelque chose, on ne peut pas préjuger de l'évolution d'un être humain. La psychologie n'est pas toute-puissante. Il y a donc des limites au discernement.

– Faut-il renforcer les mesures existantes?

– Je ne sais pas. Nous allons devoir réfléchir à intensifier le suivi des ministres par la commission du ministère. Mais la maturité sexuelle et affective d'un être humain est difficile à discerner. Certaines personnes parviennent parfaitement à cacher des déviances qui sont à l'état latent, et qui peuvent se manifester plus tard. Auparavant, nous n'avons jamais eu de problèmes avec le pasteur mis en cause. Les paroisses dont il s'est occupé sont rayonnantes. Et cela fait vingt ans qu'il est en exercice. Tout le monde tombe des nues. Cela dit, je pense que nous devons insister lors de la formation sur l'éthique du comportement. Mais l'évolution de la société a rendu cela difficile.

– C'est-à-dire?

– Nous vivons dans une société qui n'a plus de tabous et qui nous incite à faire tomber nos barrières. Partout, nous voyons des publicités et des incitations à caractère sexuel. Nos résistances psychologiques et spirituelles sont atteintes par un tel environnement.