Une équipe de chercheurs genevois a identifié un gène dont la mutation est responsable de deux formes de surdité congénitale profonde. L'une est présente dès la naissance et l'autre se manifeste au cours de l'enfance. La moitié des surdités graves sont dues à des mutations génétiques. Le défaut qui vient d'être identifié serait incriminé dans 3 à 5% de ces cas congénitaux.

Le professeur de génétique médicale à l'Université de Genève Stylianos Antonarakis et ses collègues, qui publient cette découverte dans la revue Nature Genetics du mois de janvier, avaient déjà participé au séquençage du plus petit chromosome humain, le numéro 21 (lire LT du 9 mai 2000). Depuis l'achèvement de ce travail, ils tentent de comprendre la fonction des 230 gènes connus présents le long du chromosome, d'identifier les protéines qu'ils produisent et de découvrir les maladies congénitales dans lesquelles ils jouent un rôle.

Une mutation inconnue

Pour démasquer le gène impliqué dans la surdité profonde, les chercheurs ont analysé le chromosome 21 des membres de deux grandes familles, l'une pakistanaise et l'autre palestinienne, toutes deux touchées par de nombreux cas de surdité congénitale. Chez les patients sourds, le texte génétique du chromosome 21 est altéré par un défaut jamais observé auparavant. Des séquences d'ADN répétitives, naturellement présentes dans nos chromosomes, se sont insérées en plein milieu du gène incriminé, comme des lettres parasites au milieu d'une phrase.

«Le principal intérêt de notre découverte, c'est de montrer que ces portions apparemment inutiles de notre génome peuvent se déplacer et endommager un gène, explique Stylianos Antonarakis. Ce phénomène a peut-être joué un rôle au cours de l'évolution.» Le gène touché commande la production d'une protéine de la famille des protéases. Il s'agit maintenant de comprendre pourquoi les sujets privés de cette protéine développent une surdité profonde.

Les chercheurs genevois se sont déjà attelés à la tâche. Ils tentent de déterminer le rôle de la protéase dans le développement de l'oreille interne. «Les protéases sont des cibles thérapeutiques très intéressantes, précise Stylianos Antonarakis. Nous avons un petit espoir d'ouvrir la voie à un traitement.» Une perspective encore lointaine, puisque le développement d'une molécule thérapeutique peut prendre plus d'une dizaine d'années.

La surdité n'est pas la seule affection congénitale étudiée par les chercheurs genevois. Ils sont aussi sur la piste du gène responsable d'une maladie dépressive héréditaire ou de ceux qui provoquent le retard mental des trisomiques 21.