Portrait

German Herrero, l'homme qui parlait à l'oreille des chevaux 

Il n’est pas un chuchoteur mais «parle cheval avec un accent». L’éthologue vaudois vient en aide aux équidés en souffrance et aux cavaliers qui souvent méconnaissent leur monture

Face à lui, lorsqu’il est assis à son bureau, ce dessin d’enfant qui représente un cheval blanc et gris. Dans la bulle, l’animal dit: «Je suis le cheval arabe.» German Herrero avait alors 7 ans. Sa sœur a récemment retrouvé le dessin et l’a mis sous verre, encadré et offert à German. Qui en est resté pantois: «J’avais oublié ce dessin. Il est prémonitoire parce que j’ai ensuite possédé un cheval comme ça, un Barbe d’origine d’Afrique du Nord appelé Musico, le meilleur que j’aie jamais eu.»

German est aujourd’hui un éducateur équin reconnu, un itinérant qui répond à l’appel de propriétaires en souffrance parce que leur animal va mal. Il ne se dit pas chuchoteur parce qu’il y a dans ce mot et sa représentation un côté obscur qui lui déplaît. Il dit: «Je parle cheval avec un accent.» Pour comprendre en quoi cela consiste, une scène diffusée dans un Passe-moi les jumelles de septembre 2012 qui lui est consacré est parlante: une propriétaire ne comprend pas pourquoi son cheval vient à elle lorsqu’elle lui rend visite au pré mais fuit dès lors qu’il s’agit d’aller à un concours et donc de monter dans le van. German ferme le van et décide de parler de tout autre chose avec cette écuyère. «Son état émotionnel est chaque fois marqué par trop de stress lié à la compétition et le cheval scanne cette peur. Le van n’est pas le problème.»

«Je suis celui qui te protège»

On voit alors German user avec le fugueur d’un langage non verbal (regard, caresses, respiration, marche), puis verbal. «On peut se tutoyer?» murmure-t-il. Une demi-journée s’écoule – pour évacuer la tension – avant que l’animal n’accepte de poser un sabot puis deux et d’entrer dans le van. «Les problèmes sont autant le fait des cavaliers que de leur monture. Moi, je fais comprendre au cheval que je suis celui qui le protège.»

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German ne sait toujours pas comment cet amour pour les chevaux lui est tombé dessus. Dans sa famille, personne ne montait, et il n’y avait pas de centre équestre dans les environs. Le père, d’origine espagnole, un ingénieur, s’est installé à Renens quand German était encore bambin. Il filmait beaucoup de scènes de vie familiale avec sa caméra 16 mm. German s’est ainsi revu sur un âne gonflable ou chevauchant une chaise qui cabrait comme un animal imaginaire. Là s’arrête le lien en enfance avec la race équine.

Tout aussi troublante que le dessin de ses 7 ans, l’histoire de l’arrivée de Musico dans sa vie a convaincu German qu’une force de l’invisible existait. Il raconte: «Je cherchais un cheval. Je tombe sur une photo dans un magazine et cet animal semble me dire: sors-moi d’ici. Je suis allé le chercher près de Montpellier. On m’a dit qu’il venait d’Espagne et qu’il s’appelait Musico, c’était un signe fort.» Car German est aussi musicien, un guitariste de flamenco, diplômé du Conservatoire de Lausanne et titulaire d’un master aux Etats-Unis. Il continue par ailleurs à dispenser des cours dans une école à Nyon.

Les problèmes sont autant le fait des cavaliers que de leur monture. Moi, je fais comprendre au cheval que je suis celui qui le protège

German a eu recours à l’hypnose régressive «pour tenter de comprendre ma vie passée, quelque chose de bizarre et d’enfoui me liant avec le cheval». Il a suivi les cours du psychiatre américain Brian Weiss, dont les recherches portent sur les vies antérieures, la survie de l’âme après la mort. Autre mentor: l’éminent équi-éthologue Bino Jacopo Gentili, qui fut lui-même élève du zoologiste Konrad Lorentz, Prix Nobel en 1973. Gentili enseigne une approche scientifique et a ouvert à German pendant cinq ans les portes du cerveau du cheval.

«Un animal dichotomique»

«J’ai compris que, lorsque l’on achète un cheval, on en achète en fait deux, celui de gauche et celui de droite», dit-il. Car, contrairement au cerveau humain, il n’y a pas chez le cheval de connexion des parties droite et gauche. «C’est un animal dichotomique, cela explique des comportements. Lorsque l’on part en balade, il peut avoir peur en voyant un tas de bois et y être totalement indifférent au retour. Il ne pense pas comme nous, il est un peu autiste, mystique, méditant, dans l’instant présent.»

La partie primitive du cerveau qui stocke les émotions et les craintes occupe 40% de l’espace, contre 2% chez l’humain. La simple présence de ce dernier est donc une source de stress. «D’autant que l’homme continue à vouloir monter sur le cheval, ce qui est contre nature pour ce dernier, tout comme se coucher devant un prédateur.» German enchaîne: «Ça fait 3000 ans que l’homme monte dessus et qu’il se casse la figure. Il faudrait se poser la question du pourquoi.»

German prône un long travail au sol avant de mettre le pied à l’étrier. «La violence, la cravache et les éperons sont des aveux d’impuissance. Il ne faut jamais rentrer en conflit avec le cheval, on doit se montrer patient et dans l’empathie. Le cheval respecte celui qui le convainc qu’il saura le protéger en toutes circonstances quoi qu’il arrive. Et si la relation ne fonctionne pas, c’est la faute de l’homme, pas celle de l’animal.»

German fait franchir des rivières à des équidés qui craignent ces passages. «Je dis au cheval: j’y vais, attends! Je trace le chemin et il le mémorise. Toute la réussite réside dans la capacité à faire croire à l’animal que l’idée vient de lui.»

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Profil

1963 Naissance en Espagne et arrivée en Suisse.

1985 Rescapé du tremblement de terre de Mexico.

1991 Deux ans de résidence aux Etats-Unis.

2005 Diplôme d’éthologie équine appliquée.

2012 Reportage de la RTS «Danse avec les chevaux», dans l’émission «Passe-moi les jumelles».

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