Saveurs du français

Goillasser, patauger dans les grandes largeurs

Nous voilà ajoutant un bonus à notre thématique de la semaine passée, qui reposait sur les mots régionaux. Avec «goillasser», difficile de faire plus vaudois. On atteint même là un haut degré de pureté dans le genre.

Pourtant, on a cueilli ce vocable sur un site de micromessages basé à San Francisco. Sur Twitter, ce printemps, le jeune magazine romand d’histoire Passé simple gazouillait soudain: «En 1873, on goillassait déjà.»

Le tweet est accompagné d’une gravure montrant un jeune garçon et une fille. Le mini-mâle, l’air un rien benêt, tient mollement une sorte de gaffe, tandis que la fillette, plus débrouille, fouille l’étang dans lequel ils ont les pieds bien plantés. Elle remplit une cruche.

Cela se passe dans un étang, en effet, puisque notre «goillasser» entretient quelques liens avec la gouille – la flaque, la mare, voire le marécage local. Les sonorités diffèrent, mais le sens converge. «Goillasser», patauger dans l’eau, repose, au niveau des pieds immergés, sur cette goillasse qui fait la jonction des expressions. Qui s’étire jusqu’à la gouille.

Bien sûr, on remercie Passé simple – au reste, une belle aventure éditoriale – pour la suggestion.

Et puis, on découvre que la goillasse a évolué au sens de l’agitation d’un lac due au vent.

Là, il s’agit de la surface d’un plan d’eau qui devient moutonnante.

On peut dire que «le lac goillasse»; il s’agite. Joindre les bouts aquatiques à ce point, d’une barbotière enfantine au Léman presque déchaîné, voilà encore une prouesse langagière vaudoise.