«Chez moi, c'est de la clientèle. Ce n'est pas du passage», annonce fièrement Willy Blanchard, patron et propriétaire du chalet d'alpage des Grandes Fauconnières, dans le Jura neuchâtelois. M'sieur Blanchard, comme on le surnomme amicalement, fête ses 80 ans au mois de décembre mais paraît plus frais qu'une boille à lait tout juste remplie.

Vif et espiègle, Willy Blanchard est une figure de la montagne, à la charpente fine mais au caractère solide comme une souche, parfois légèrement cassant comme bien des montagnards éprouvés par la rudesse de leur vie: «Enfant illégitime, je n'ai jamais connu mon père, dit-il. J'ai commencé à travailler très jeune. Quand ma femme Liliane m'a connu, j'étais cantonnier d'Etat». Aujourd'hui, Willy Blanchard, propriétaire, patron et gardien de 160 génisses, peut se féliciter d'être cinq fois papa, treize fois grand-père et huit fois arrière grand-père. Au bistrot, il râpe le fromage et prépare le feu dans l'âtre qui serait l'un des plus beaux du Jura. Liliane, elle, s'est fait un nom grâce à ses rösti maison et ses fameuses croûtes au fromage. Si vous tombez sur les jours du calendrier marqués d'une croix, vous profiterez alors des saucisses au foie faites par le patron en personne et de la soupe aux pois, mijotée pendant treize heures. Une recette tenant quasi du rituel puisqu'elle exige un savoir-faire de sorcier et des ingrédients fort mystérieux dont seuls quelques-uns sont ici révélés: poireaux, pommes de terre, céleri, pied de porc et couenne. On va chez M'sieur Blanchard comme on rend visite à un grand oncle, pressé de retrouver un ancien plein de lumière dans les yeux et de sagesse montagnarde: «Mes petits-enfants me disent souvent: «Grand-père, avec toi on peut discuter parce que t'es un surhomme!» Il n'a pas volé son auréole, Willy Blanchard.

En effet, depuis toujours, il profite des creux de l'hiver pour partir en voyage. Il a sillonné ainsi à travers toute l'Amérique du Sud avec pour seul compagnon, un jean et un sac à dos. «J'ai passé quelques jours au Mexique avec un curé que j'avais rencontré. Il était Mgr à la cathédrale de Montréal. A la plage, je lui demandais si les filles lui plaisaient. Il me répondait que je devais rester sage!», confie-t-il, le regard plein de malice. A 70 ans, il se promenait des journées entières seul dans les favelas de Rio de Janeiro. «En fin de journée, ne me voyant pas revenir, on me prenait pour mort; mais je m'en sortais toujours. Je cachais mon argent dans mes chaussettes. Mais il ne faut pas le dire parce que je repars à Noël!»

Les Grandes Fauconnières, 2108 Les Ruillières (NE). Ouvert de début mai à début novembre.

Tél. 032/863 31 39.