L'amoralité se glisse partout, y compris dans les jouets. C'est en tout cas l'avis du Ministère russe de la formation qui déclare la guerre aux jeux informatiques de combats, aux monstres en plastique et aux poupées trop affriolantes, bref à toutes les babioles qui peuvent provoquer chez l'enfant «l'agressivité, la peur et des manifestations sexuelles prématurées». Dorénavant les jouets potentiellement pervers devront se soumettre à une «expertise sociale, psychologique et pédagogique» effectuée par une commission spéciale. Ceux qui ne passeront pas ce test de bonne moralité se verront tout simplement interdits.

«Barbie rend les filles égoïstes»

Dans le collimateur des fonctionnaires, on trouve notamment la poupée Barbie, vendue depuis dix ans seulement mais avec succès en Russie, au grand dam de certains spécialistes de l'enfance. Selon la psychologue Ioulia Romacheva, par exemple, Barbie «influence le psychisme des petites filles et fait apparaître chez elles le maniérisme, une grande froideur et une sexualité qui n'a rien d'infantile». Pire, selon la sociologue Natalia Gricheva, «Barbie n'apprend pas à élever des enfants mais à acheter des souliers chers, à équiper la maison de meubles élégants choisis sur catalogue. Barbie rend les filles égoïstes, les transforme en consommatrices».

Les fonctionnaires du ministère rêvent de pots-de-vin

Personne ne comprend pour l'heure comment va œuvrer la commission de censure des joujoux. Pour le quotidien Gazeta, il s'agit avant tout de «compliquer la vie des producteurs étrangers, par exemple de faire payer un droit d'entrée sur le marché russe à la compagnie Mattel».

Pour les professionnels du jouet, cette réglementation ne va faire qu'accroître la corruption «car aucune interdiction n'est incontournable». Et ensuite va favoriser les jouets de contrebande, qui ne subiront évidemment aucun test de bonnes mœurs. «Nous vendons des monstres, des barbies et des jouets russes, mais ces derniers marchent moins bien. De quoi vivrons-nous si on interdit les jouets étrangers?» se lamente Olga Koukouchkina, du magasin «La maison des jouets» à Moscou. Barbie possède d'ailleurs depuis peu une cousine russe – Macha – mais qui de l'avis de Boris Boukharov, vice-directeur de l'institut du jouet, «manque de chic et de souplesse». Selon le quotidien Komsomolskaïa Pravda, l'idée d'une censure des jouets a germé dans la tête de fonctionnaires du Ministère de la formation jaloux de voir leurs collègues s'en mettre plein les fouilles grâce aux pots-de-vin suscités par la délivrance d'autorisations diverses. Le Ministère des sports délivre par exemple les licences des casinos. La taxe Barbie a certainement de beaux jours devant elle.