«J'exprime notre immense tristesse pour la communauté paysanne française.» Président du principal syndicat agricole britannique, Ben Gill a dit sa compassion hier après-midi à la sortie d'une réunion de crise au 10, Downing Street. Le premier ministre Tony Blair avait rassemblé les autorités paysannes et touristiques du pays afin de mettre sur pied une task force. Celle-ci devra évaluer les dommages causés par l'épizootie de fièvre aphteuse à la communauté rurale britannique. La situation devient politiquement tendue, à un mois et demi des probables élections générales. Hier, 22 nouveaux foyers infectieux ont été découverts, portant le total à 205 cas sur le territoire britannique.

La Grande-Bretagne est désolée, à tous les sens du terme. Un sentiment de culpabilité émerge, et l'on reparle de l'image d'une nation à problèmes, où les trains déraillent, les vaches sont folles et les moutons plein d'aphtes. Au désespoir des campagnes, où la police intervient désormais pour saisir les armes à feu de fermiers suicidaires, répond la rage de l'industrie touristique. Comble de l'ironie, les comtés les plus touristiques d'Angleterre sont aussi ceux où le poids économique de l'élevage est le plus élevé, et les régions où l'épizootie fait le plus de ravages. Ainsi, dans le Devon, deux parcs abritant des milliers d'animaux sauvages, sont interdits au public. C'est le problème du tourisme anglais: en dehors de Londres, la randonnée est l'activité la plus populaire. Mais depuis trois semaines, tous les sentiers sont fermés.

Allan King, directeur de l'office du tourisme de Cumbria, région célèbre pour son parc national du Lake District, estime que les pertes ont déjà atteint 5 à 8 millions de livres, «ce qui est énorme à pareille époque». Au Wasdale Head Inn, un hôtel de 54 lits, un seul couple s'est annoncé pour le week-end prochain. En moyenne, sur l'ensemble du pays (hors Londres), les réservations ont chuté de 75% à 80% pour la belle saison. L'hypothèse d'une intervention de l'armée pour tuer des bêtes en liberté risque d'aggraver ce phénomène.