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Matthias Rihs

sexe au féminin

Graziella, 67 ans, le corps tout-puissant

«Quand un homme sent qu’une femme veut faire l’amour, il dit toujours oui», prétend-elle. Quant à elle, elle a toujours suivi l’élan de son corps. Quitte à prendre des risques pour sa sécurité et son confort. Cinquième et dernier volet de notre série

Expliquer vraiment, dans le détail, ce qui plaît, déplaît, allume le désir ou éteint le feu: tel est l’objet de notre série d’été cette semaine. Cinq Romandes de 17 à 67 ans se sont prêtées au jeu du dévoilement, en évoquant leur vie amoureuse et leur sexualité.

Episodes précédents: 

Graziella, c’est Jane Birkin sans l’accent. Même sourire ravageur, même hésitation chronique, même charme fou. Et, comme l’égérie de Gainsbourg, la Lausannoise a plongé avec légèreté dans la vague libertaire des années 70. «En 1972, j’avais 22 ans. Je venais de me séparer de Guillaume, que je croyais être l’amour de ma vie. J’ai voulu voir comment les hommes se comportaient vraiment, en dehors de mes rêves de jeune fille, alors j’ai vécu des histoires d’une nuit.» Graziella, 67 ans, un chignon flou et une jupe blanche, a encore faim d’étreintes aujourd’hui.

«J’ai eu de la chance. A cinq ans près, ce comportement aurait été mal vu. Je suis la benjamine d’une famille nombreuse et la différence entre mes sœurs et moi en matière de jugement social est incroyable!» Oui, Graziella, mère au foyer, a eu de la chance, mais elle ne s’est pas protégée non plus. A chaque rencontre que le destin a mise sur sa route, elle s’est livrée sans penser à son confort ou à sa sécurité. En témoigne son divorce brutal, en 1997, après vingt-six ans de vie commune et trois enfants. «C’est ainsi, je suis mon corps, ce qu’il me dit, ce qu’il me souffle. Le corps a un langage qu’on ne peut traduire en mots, mais qui est très fort.»

La sexualité n’était pas un sujet

On se voit sur le balcon de son appartement lausannois. En dessous de nous, des maisons colorées, les passants qui flânent en ce dimanche orageux et, au loin, Le Léman. Souvent, son regard se perd dans le paysage et revient chargé de brume…

«Si la sexualité était un sujet à la maison? Oh non, mes parents étaient paysans, ils ne parlaient pas de ça. D’ailleurs, moi-même, je ne crois pas avoir abordé le sujet avec mes enfants…» Et ses sœurs, ne l’ont-elles pas initiée? «Non. Par contre, je me souviens d’avoir fait semblant de dormir quand mon frère de 20 ans, qui était coureur, venait raconter ses exploits à ma sœur aînée, la nuit.»

Une première fois comme dans un rêve

Graziella a donc connu sa première fois avec Guillaume. Un élu qu’elle visait depuis ses 16 ans. «Il avait sept ans de plus que moi. Une fois, il est venu manger à la maison et j’ai su que ce serait le premier. Il était étudiant. De temps à autre, il venait me chercher à moto et m’emmenait en balade. On a attendu que j’aie 19 ans pour coucher ensemble.»

Son souvenir? «J’étais amoureuse, je désirais faire l’amour. C’était simple, sans chichis. La position du missionnaire et beaucoup de tendresse. Ça m’a plu, mais ça m’a beaucoup brûlée, les jours d’après.» A cette période, il s’est passé quelque chose d’étrange pour Graziella. Selon elle, sa pilule trop dosée en hormones l’a fait devenir addict au sexe. «Je n’étais jamais rassasiée, j’en voulais toujours plus. Du coup, j’étais très demandeuse et très anxieuse dès que Guillaume partait. Au bout de deux ans, sans doute à cause de ça, il m’a quittée.»

C’est alors, en 1972, que la belle décide d’explorer le mâle sous tous ses aspects. «Je voulais apprendre. Le fait d’être claire sur le sujet m’a permis de voir les hommes sans le masque de respectabilité qu’ils mettent quand ils souhaitent s’engager. Ils étaient nature. On osait les caresses buccales, les préliminaires. On faisait vraiment l’amour. C’était respectueux et joyeux!»

«L’orgasme me laissait sans voix»

L’orgasme, Graziella ne l’a connu qu’avec la pénétration. «Quand j’étais jeune, c’était formidable. Une explosion qui me laissait sans voix. Aujourd’hui, j’ai encore du plaisir, mais ce n’est plus jamais aussi intense. Je le regrette parfois.» Quel est le quotidien amoureux de cette grand-mère? «J’ai un compagnon qui est marié et qui décide quand on peut se voir. Sa femme sait que j’existe. Je ne détruis pas leur couple, je le répare plutôt. J’ai été très amoureuse de lui, mais lui, moins. Je crois qu’il a eu ou a encore d’autres aventures en parallèle, alors je dédramatise.» Comment l’a-t-elle rencontré? «Dans un train. Et ce qui est drôle, c’est qu’il ne correspond pas à mon idéal masculin. J’ai toujours aimé les hommes grands et solaires. Lui est petit et passe-partout. Mais il m’a touchée.»

Graziella a-t-elle développé une sexualité particulière avec lui? «Non, pas vraiment. Je ne souhaite pas faire jouir un homme par fellation, car j’aime trop la pénétration pour gâcher le plaisir! Dans le registre de la séduction, je n’ai jamais porté de lingerie affriolante, ce n’est pas mon truc. Je suis encore moins adepte des jouets sexuels, des relations à plusieurs ou des rapports sadomasos. Tout ça est trop compliqué pour moi. D’ailleurs, si un homme m’ordonne: fais ceci, fais cela, je m’arrête immédiatement. Ça tue tout désir.»

«L’amour n’est pas un mets qu’on choisit sur une carte»

Comme Elise, Graziella n'a jamais eu recours à Internet pour trouver un partenaire. «Un amoureux n’est pas un menu qu’on choisit sur une carte des mets! J’ai une amie qui a publié une petite annonce dans un magazine. Quand j’ai vu la pile de réponses qu’elle a reçues, j’ai pris peur. Pour moi, il n’y a que le regard et l’attraction chimique qui peuvent marcher. Quand un homme me plaît, je le lui fais comprendre. Et, vous savez, en presque cinquante ans, je n’ai jamais vu un homme refuser les avances d’une femme. Quand un homme sent qu’une femme veut faire l’amour, même si elle n’est plus toute fraîche, il dit toujours oui!»


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