Le petit village de Gretzenbach, dans le canton de Soleure, s'est réveillé en deuil et sous le choc dimanche. Au lendemain de l'effondrement du toit d'un parking, le bilan dramatique et les questions que soulève la catastrophe pèsent lourdement sur les autorités comme sur les habitants. Sept pompiers volontaires âgés de 27 à 43 ans, parmi lesquels trois pères de famille, ont perdu la vie dans ce drame survenu très tôt samedi au cœur d'un lotissement d'immeubles. Intervenus vers 6 h 00 en raison de trois voitures en feu, onze sapeurs-pompiers de la région se sont retrouvés, une heure plus tard, prisonniers d'une dalle de 90 mètres carrés qui s'était brusquement affaissée de trois mètres. Au terme d'une très longue journée de lutte avec le béton et la fumée, les quelque 200 secouristes, notamment des membres de l'armée, ont dû se déclarer vaincus en début de soirée: seuls quatre pompiers – dont l'un grièvement blessé mais hors de danger – sont sortis vivants.

Un jour après le drame, au-delà de la vive émotion qui s'est emparée de ce village soleurois de 2400 habitants, l'heure était aux premières tentatives d'éclairage. Du côté des pompiers, le chef Paul Haus a insisté devant la presse sur le bien-fondé de cette intervention de onze personnes. «Nous étions conscients des risques mais ne pouvions nous permettre de ne pas déployer ces forces. L'intervention était tout à fait justifiée.» L'effondrement s'est produit alors que les hommes avaient maîtrisé l'incendie et s'apprêtaient à quitter les lieux. Reste désormais à expliquer les circonstances de la catastrophe, les causes de l'incendie et surtout ce brusque effondrement une heure après le début des flammes. Si pour l'heure le flou reste total, d'éventuels défauts de construction du parking érigé en forme de L et vieux de plus de vingt-cinq ans ne sont pas écartés. Comme de nombreux garages privés, celui du quartier de Staldenacker, prévu pour un peu moins de 100 véhicules, ne comportait pas d'alarme incendie ni de dispositif d'arrosage. Interrogé par la NZZ am Sonntag, Roland Bopp, commandant des pompiers professionnels bâlois et expert en matière d'intervention dans les tunnels, est plutôt étonné d'un pareil effondrement après si peu de temps. Sur place, on préfère attendre avant de se lancer dans d'éventuelles spéculations. «Nous voulons éclairer de manière sérieuse et scientifique les raisons de ce drame. Cela se fera avec le temps nécessaire.» Visiblement très affecté, Rudolf von Rohr, le commandant de la police cantonale soleuroise a évoqué la collaboration du service scientifique de la Ville de Zurich. Il s'agit également d'élucider l'incendie des trois automobiles à l'origine du drame. La thèse de l'explosion évoquée par certains observateurs en début de matinée est écartée.

Survenu presque une année jour pour jour après l'effondrement du toit d'une halle polyvalente à Lupig (AG), ce drame est le pire dans l'histoire des pompiers suisses. Les conseillers fédéraux Joseph Deiss et Samuel Schmid, tous deux en visite officielle à l'étranger, ont exprimé leur sympathie aux familles des victimes. Ce drame frappe toute une région, et les habitants de Gretzenbach affichaient dimanche un silence consterné. Beaucoup se sont rendus au cours de la journée autour du cratère débarrassé de la fumée mais témoignant encore, avec ses bouts de carrosserie perdus entre les dalles de béton, des longs moments d'horreur. «Il faudra du temps pour s'en remettre, car ici tout le monde connaissait les victimes», explique un chauffeur de taxi. Muettes dimanche, les pelles mécaniques devaient reprendre leur travail de déblaiement lundi.