L’Organisation mondiale de la santé (OMS) réunit jeudi son comité d’urgence dont les experts pourraient recommander de déclarer une pandémie de grippe porcine compte tenu de la propagation du virus A(H1N1) qui a fait près de 28.000 malades sur la planète. Le porte-parole de l’OMS, Gregory Hartl, a confirmé que le comité avait été convoqué pour 10H00 GMT. Une autre porte-parole, Laragh Gollogly, a précisé que «oui, le changement du niveau (d’alerte) est un des éléments au programme».

Depuis dix jours, l’OMS prépare activement le terrain au passage à l’alerte maximum de son échelle qui annoncera la première pandémie de grippe atypique du siècle. Après avoir expliqué la semaine dernière que le monde se rapprochait de la pandémie, le Dr Keiji Fukuda a reconnu mardi que «nous en (étions) vraiment très, très près».

Il a indiqué que l’organisation attendait pour cela des preuves que le virus A(H1N1), apparu fin mars au Mexique puis aux Etats-Unis, se propagait bien localement dans une région autre que le continent américain, critère géographique retenu par l’OMS pour déclencher la phase 6. Mercredi, la directrice générale de l’organisation Margaret Chan a convié pour une téléconférence les ministres de la Santé des huit pays les plus affectés «pour tenter de voir s’ils ont des preuves incontestables de transmission locale».

Aucun résultat n’a filtré sur le résultat de cette réunion mais, selon les experts, les 27.737 personnes affectées dans 74 pays et les 141 morts justifient déjà largement l’annonce de la pandémie. D’autant que des pays comme l’Australie ou le Chili ont vu une explosion du nombre de cas ces derniers jours. Cinquième pays le plus touché au monde avec 1.263 cas, l’Australie a indiqué jeudi que quatre malades avaient été admis en soins intensifs. Aux questions insistantes des journalistes, le Dr Fukuda a reconnu mardi l’existence d’une «transmission locale» du virus d’origine porcine, aviaire et humaine dans l’Etat du Victoria.

Mais il a fait comprendre aussi que l’OMS voulait, avant de faire son annonce, être sûre que ses 193 membres étaient bien préparés, de façon à éviter une panique générale qui serait, selon elle, injustifiée. «Nous ne voulons pas que les gens cèdent à la panique de manière excessive», a expliqué Keiji Fukuda, arguant que «passer en phase six (signifiait) que la propagation (du virus) continue... mais ne signifie pas que la gravité de la maladie a augmenté».

Cette question de la sévérité du virus a donné bien du fil à retordre à l’organisation. Son système d’alerte pandémique, pensé sur les grippes les plus meurtrières du siècle dernier et dans la perspective d’une large transmission d’un virus tel que celui de la grippe aviaire (d’une mortalité de 60% environ), s’est ainsi avéré inadapté pour un virus certes d’un genre nouveau mais encore peu virulent. Sa mortalité s’est révélée jusqu’à présent à peu près équivalente à celle de la grippe saisonnière (0,1%), sauf au Mexique (0,4%).

Sous la pression de ses membres, l’OMS a cherché à intégrer dans son système ce critère de gravité mais, elle semble y avoir renoncé. «Il est très difficile de faire une annonce globale sur la sévérité du virus», alors que son impact est différent selon les pays, a expliqué jeudi, Laragh Gollogly. «Il est possible que les experts ne recommandent pas de faire des commentaires sur la gravité maintenant», a-t-elle ajouté. En revanche, si le virus mute et venait à se combiner avec une souche plus virulente comme le craint l’OMS, l’organisation pourrait être amenée à réévaluer sa position.