L’épidémie de grippe porcine s’étend. Dimanche soir, elle avait fait 20 victimes avérées au Mexique, sur un total de 81 «probables». Au Etats-Unis, une vingtaine de cas ont été identifiés. Mais il n’y a pas eu de morts et des personnes ont été guéries. Les autorités ont toutefois déclaré l’état d’urgence sanitaire. Plusieurs autres pays ont signalé des cas suspects ou avérés. «La situation actuelle constitue une urgence en termes de santé publique et une préoccupation internationale», a averti l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle recommande «que tous les pays intensifient leur surveillance de tous les cas inhabituels de maladie ressemblant à une grippe ou à une grave pneumonie».

Qu’un virus de grippe porcine se transmette de l’animal à l’homme arrive régulièrement. A peu près tous les un ou deux ans aux Etats-Unis. «Ce n’est pas forcément mortel», ajoute Laurent Kaiser, responsable du Centre national de référence de l’influenza (CNRI). Mais le virus se transmet désormais d’homme à homme, ce qui le rend beaucoup plus dangereux et fait redouter une grave épidémie.

De souche H1N1, il ressemblerait au virus du porc, mais sous une forme jamais vue combinant de l’ADN typique des virus porcin, aviaire et humain. «Cela reste à confirmer, précise Laurent Kaiser. Mais cela voudrait dire qu’il s’agit d’un puzzle de trois virus différents. Les protéines de surface sont d’origine porcine, ce qui fait que notre système immunitaire ne le reconnaît pas. Mais à l’intérieur, il a des gènes qui viennent du monde aviaire et du monde humain.» Cela lui permet de s’attaquer à l’homme. En effet, si un virus est trop «spécialisé» dans un animal, il n’aura pas de prise sur les autres. «Dans le cas présent, il faut que le virus puisse s’adapter au système respiratoire humain, poursuit le spécialiste. Or, au niveau respiratoire, le porc est justement une sorte de chimère. Ses récepteurs de la grippe – la serrure par laquelle le virus entre dans la cellule – sont sensibles aussi bien aux virus aviaires qu’humains.»

On manque pour l’heure d’informations sur la cause des décès. Il pourrait s’agir de pneumonies ou de complications virales. Le fait que la plupart des victimes soient âgées de 25 à 45 ans constitue un facteur d’inquiétude: les épidémies saisonnières de grippe sont plus meurtrières parmi les très jeunes enfants et les vieillards, mais les pandémies affectent d’abord les jeunes adultes en bonne santé.

Il n’existe pour l’heure pas de vaccin, mais plusieurs médicaments antiviraux, dont le Tamiflu, se montrent efficaces. Les cas américains sont encourageants, notamment sur les possibilités de guérison. L’OMS a toutefois estimé dimanche qu’il est possible que le virus évolue et devienne beaucoup plus dangereux. Les responsables de l’organisation doivent se réunir à nouveau mardi pour faire le point.

En Suisse, aucun cas n’a été détecté et l’Office fédéral de la santé publique ne considère pas la grippe porcine comme une menace à l’heure actuelle. Le CNRI travaille à mettre au point un test diagnostic. Les voies de transmission et les symptômes sont similaires à ceux d’une grippe classique. Dans les zones concernées, il est recommandé de rester à distance des gens qui toussent ou qui crachent, de se laver fréquemment les mains avec du savon et de porter un masque. «La période d’incubation est de 7 à 10 jours, précise Laurent Kaiser. Les personnes qui sont rentrées du Mexique depuis plus longtemps et présentent des symptômes grippaux peuvent donc écarter la grippe porcine.»

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