Le choix s’avère cornélien. Mais une fois entré dans le restaurant, mieux vaut ne pas trop tarder avant de l’accomplir. «Grüezi zäme» ou «Grüezi mitenand» voire «Hoi zäme» ou «Salü!». «Bonjour à tous», «Bonjour à chacun pris ensemble» voire «Salut!». Les dialectes alémaniques accueillent avec souplesse. Longtemps, les différentes étapes de la journée ont distingué les formulations. Bref, on se fait signe avant ou après le repas de midi. Avant ou après celui du soir.

Cela n’explique pas le choix du «zäme» ou du «mitenand». Le premier convient davantage lorsque les salués appartiennent au cercle d’amis. Le second, plus ambitieux, embrasse la salle entière, avec une distance polie. L’essentiel étant, diront les puristes grincheux, de ne pas l’omettre.

Une amatrice de balades dans les alpages du lac des Quatre-Cantons est un jour revenue légèrement chamboulée. A son «Grüezi» fièrement lancé lors de rencontres a souvent répondu un «Grüezi mitenand» presque hautain. Personne ne doit être oublié, foi de randonneur.

Mais qu’advient-il du «Hoi»? Celui qui n’a droit de cité qu’entre gens de confiance? Un blogueur allemand conquis par les subtilités dialectales l’explique: «Lorsque des Suisses se rencontrent durant leurs loisirs, ils se remémorent les jours d’antan lorsqu’ils ramassaient le foin (Heu). De là proviendrait ce «Heu-z’amme» ou, plus succinct, «Hoi zäme». Sourire?

La lecture du grand voisin n’est pas sans fondement. Les dictionnaires rappellent qu’autrefois on saluait les travailleurs selon leur fonction. Et celui qui transpirait dans les champs, responsable des foins, écopait, en guise de bonjour, d’un encourageant «Haut’s?» («Ça fauche?»). Allez, tschau!