Fidèle à sa tradition, le Petit Futé dresse la liste des choses à faire et à éviter dans le pays – ici, la Suisse. Entre autres consignes: «Ne pas jeter de papiers par terre», «ne pas arriver en retard à un rendez-vous» et «ne pas tenter de négocier les amendes avec la police». A faire: «traverser sur les passages piétons» ou «bien trier ses déchets».

Puisque la consigne, cette année, est de voyager domestique, autant voir ce que les guides disent de la Suisse, et ce qu’ils conseillent – ou non. Une plongée dans les principaux guides francophones, et deux anglophones, montre le jeu des auteurs-voyageurs: ils tentent de sortir des clichés tout en les entretenant. En éditorial, le Petit Futé réussit à conclure avec le «y a pas le feu au lac» que tout le monde avait oublié…

Quatre constantes se dégagent des six guides analysés: l’atroce cherté du pays, le sublime des paysages, la vie culturelle et la qualité des transports publics, «merveille du monde moderne» selon le Rough Guide. Voici quelques échos glanés au fil de plus de 2770 pages cumulées.

Hormis le Petit Futé (PF) qui suit les découpages cantonaux, les guides organisent la Suisse selon leurs balades, en huit régions chez Michelin, 10 pour Le Routard (LR), 11 pour le Lonely Planet (LP), 12 dans le Frommer’s et le Rough Guide. Le plus souvent, Genève a son chapitre en soi. Elle constitue «une anomalie, la plus petite ville internationale possible», souligne le Rough Guide. La ville est la vedette des terres francophones. S’exprimant sur le bassin lémanique, LR salue d’abord «une société cosmopolite et plutôt tolérante». De Genève, il loue ses «beaux parcs bordant le lac». Il accorde ses trois étoiles au Musée d’art et d’histoire ainsi qu’au Musée d’ethnographie.

Le LP a les yeux doux pour cette ville «chic, policée et cosmopolite» – ce dernier terme revient dans tous les guides. Il a un coup de cœur pour la terrasse Agrippa-d’Aubigné et le marché aux puces de Plainpalais. Ville «dans l’air du temps», elle est «loin des clichés», assure le Michelin, qui vante les musées, dont l’Ariana, le Musée de la Croix-Rouge et la Fondation Bodmer. Le Frommer’s salue l’internationalisme de la cité, mais prévient: «Y conduire n’est pas recommandé», «la découvrir à vélo n’est pas particulièrement pratique» et il faut «protéger ses valeurs», car des «prostituées de haut vol et des escrocs d’abord rassurants prolifèrent».

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Vaud surprend LR par sa diversité: entre «le puissant littoral» du Léman et l’arrière-pays, «que de changements»! Le Michelin s’arrête à Nyon, dont il détaille les musées. Le LP est amoureux de Vevey, «une ville au charme indicible». L’effet Chaplin’s World est patent: ouvert en 2016, il a déjà droit à de fort bonnes positions dans tous les guides.

Lausanne, «où l’on ne cesse de monter et descendre», a une «vie culturelle d’une incroyable richesse», assure LR. Le Michelin est l’autre guide qui apprécie la capitale olympique, laquelle possède «un charme fou». Le Rough Guide renchérit en plaçant Lausanne en 6e coup de cœur (Genève, 15e): cette «San Francisco de Suisse» est «la ville la plus sexy du pays», pas moins. Le LP («ambiance bon enfant») et le PF vantent à peine une ville plaisante, et plusieurs guides soulignent la jeunesse apportée par les hautes écoles, ce qui influe sur ses nuits. Le Frommer’s salue une cité «à la réputation traditionaliste, mais qui est devenue un endroit où passer du bon temps». Comme de juste, le Flon est cité partout.

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LR se penche sur cette «terre de contrastes» qu’est le pays de Fribourg, avec une bise à «l’adorable» Morat. Le PF donne trois étoiles à Fribourg, «ville de ponts, vivante, mouvante, joyeuse, animée et innovante», avec un bel appétit pour les traditions culinaires locales et la Bénichon. Le Frommer’s a aussi la reconnaissance du ventre à propos de la Gruyère, qu’il adore, du fromage aux «aliens érotiques» du Musée Giger.

Bienne «n’a pas de charme particulier sinon sa vieille ville», lance LR. Si l’Arc jurassien est parfois traité un peu trop vite, le Michelin clame que «Neuchâtel est peut-être l’une des villes les plus charmantes du pays», avant de conseiller aussi bien le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds que le Saut-du-Doubs. Du Jura, le PF retient surtout Saignelégier, «paradis de la randonnée»; le Rough Guide aime ce «joyau ignoré des visiteurs».

Le Valais tutoie les sommets, dans les manuels aussi. Sur 14 «immanquables» de Suisse romande, le PF en consacre cinq au Valais, ce qui ne l’empêche pas de parler du «canton de Valais»… Surprise, les guides parlent aussi bien de ski que de séjours d’été. Le LP encense à sa manière Verbier, «joyau des Alpes valaisannes, incroyablement onéreuse et ciselée sur mesure pour skieurs accomplis et célébrités». Il ne néglige pas la plaine et surtout Sion, cité qui «vit à un rythme alangui» où «le vin est roi». Le Rough Guide, lui, est sceptique face à Valère et Tourbillon, «site bizarre et assez sinistre qui colle à l’image que les habitants se font d’eux-mêmes, étranges et assez claniques».

LR accorde une bonne place à ce canton où «malheureusement, on a souvent confondu prospérité et bétonnage», mais dont les habitants ont «un caractère très personnel, leur façon de parler aussi, en français comme en allemand», et «ont le geste plus vif et le parler plus haut que les autres Romands».

Dans les vallées, le PF met l’accent sur les «villages-joyaux du val d’Anniviers». Nombre de pages expliquent bien sûr les cimes et, entre autres, le Glacier-Express de Zermatt à Saint-Moritz, ce qui conduit aux Grisons. Le Michelin cède sous le charme de l’«andine» Engadine, qui concentre son maximum de sites trois étoiles du pays.

Au Tessin («canton aussi splendide que méconnu des Français», selon LR), c’est Bellinzone qui remporte tous les suffrages des guides, «belle escale, plutôt sereine et presque déjà méditerranéenne». «Nulle part ailleurs on ne sent aussi bien l’esprit tessinois», juge le Michelin. Le Rough Guide recommande vivement d’aller à la découverte «de ces gens au sang chaud, aussi éloignés que possible des flegmatiques fermiers du nord».

Dans les villes alémaniques, bien sûr, Zurich tient le haut du panier – «la cité la plus riche du pays, c’est dire!» sourit le Michelin. «Animée comme une métropole, à la pointe de la mode et de la modernité, elle véhicule un sentiment de quiétude et de nonchalance», juge le PF. LR s’en tient à des jugements convenus, «haut lieu de la culture alternative», «étonnant visage culturel»… Tout au plus souligne-t-il, bien plus que les autres, «l’étonnant Musée de la FIFA». De Berne, même s’il ironise sur «ses habitants qui se lèvent tôt et qui se limitent donc les soirs de semaine à un ou deux verres», le Frommer’s dit son penchant pour sa vieille ville et ses arcades, autant que les ours et le Centre Paul Klee. LR a une tendresse pour «cette ville d’ouverture et de tolérance», l’une des plus petites capitales d’Europe et «plus belle ville fleurie» du continent. Tous les guides citent également Interlaken, point de départ d’innombrables balades. N’oublions pas Lucerne et le lac des Quatre-Cantons: «Ici, les paysages tiennent du théâtre», s’ébaubit le Michelin.

La gagnante demeure cependant Bâle, plébiscitée par tous les guides. Le Michelin la place en premier de ses incontournables nationaux. «Une des villes les plus agréables» du pays, tranche LR. «Clairement, elle est sous-estimée», assure le Frommer’s, qui multiplie les trois étoiles (Kunstmuseum et Musée Tinguely, cathédrale…). L’impact des musées sur la cote des guides est évident: le LP consacre un chapitre à la Fondation Beyeler et, de l’autre côté de la frontière, au Vitra Campus de design.


Les guides

Le Frommer’s: 560 p. Un monument américain. Copieux et précis, manquant de cartes.

Le Lonely Planet: 354 p. Traduction de la version anglaise. Un peu frustrant dans le nombre de conseils, mais fort dans les coups de cœur.

Le Michelin: 647 p. Il peut énerver par sa logique de circuits routiers, mais il se révèle très fourni et précis. C’est le plus généreux sur la Suisse alémanique avec le Frommer’s. Très branché culture. Notre préféré.

Le Petit Futé: 504 p. Fourmillant d’adresses, compact et parfois amusant. Il est plombé par des redites dans les notules et des formulations parfois trop promotionnelles.

Le Rough Guide: 480 p. Autre grand manuel américain. Relativement ramassé, mais offre de bonnes synthèses. Très bon sur les cartes, en couleur.

Le Routard: 580 p. L’institution française, généreuse en informations pratiques, parfois un peu plate dans ses descriptions. Bon sur les activités de plein air.