Portrait

Guillaume Renevey: «Être gay oblige à s’intéresser aux autres et aux victimes»

Il est le rédacteur en chef du magazine gay 360° qui fête son 150e numéro. Lancé en 1998, le titre romand se maintient dans un marché qui a vu pourtant des titres financièrement plus solides, comme «Têtu», disparaître

«Guillaume, si tu étais marginal dans ta sexualité, est-ce que tu le dirais?», lui avait demandé sa mère sur une terrasse de la rue Saint-Denis, à Montréal. «Dire non, c’était dire oui; la question était un peu tordue», se souvient Guillaume Renevey dans le local de réunion de l’association genevoise lesbienne-gay-bisexuelle transsexuelle et bi-sexuelle (LGTB) 360°. Celui-ci jouxte la rédaction du magazine éponyme, qu’il dirige depuis 2012.

La maman – qui travaillera ensuite avec des autistes – avait offert au jeune qui sortait du bois la possibilité d’un accompagnement psychologique. «Attention aux vieux beaux et au VIH», avait ajouté cette Canadienne de Genève, expatriée depuis des lustres à Montréal, relevant tout de même que Guillaume ne choisissait «pas la voie la plus simple.» Choisir? «Peut-être a-t-elle plutôt dit que cette voie ne serait pas la plus simple», hésite le rédacteur en chef de la radio commerciale One FM, son job principal. Il s’excuse de son récit «pas très structuré».

Guillaume Renevey, 33 ans, diplômé aux Hautes études internationales de Genève, est tout ce qu’il y a de structuré. Ce mois, il parle aux médias du 150e numéro de 360°, magazine aujourd’hui gratuit lancé en 1998 à Genève. L’opération fut menée avec de l’argent récolté au mythique bar Brigitte, installé dans le premier squat gay de Genève, rue Prévost-Martin. Ces fonds servirent à lancer une fête monstre, et donc le journal. Elle eût lieu dans l’ancien Palais des expositions de Plainpalais. L’aventure de cette publication, qui tire à 10 000 exemplaires, pour 60 000 lecteurs, et qu’on se procure en divers lieux branchés de Suisse romande, continue, malgré une baisse des pubs (gays et culturelles) en 2015. «Nous faisons imprimer en Italie, ce qui permet d’économiser un peu», indique le rédacteur en chef, qui a une sensibilité pour les droits humains et la situation des «minorités», comme par exemple celle des homosexuels d’Ouganda, pourchassés par le clergé et l’Etat. «Faire partie d’une minorité oblige à s’intéresser aux autres et aux victimes», dit le journaliste, qui ajoute que pour les homosexuels, la notion de danger s’apprend vite.

Un souvenir violent? Un coup de poing dans la figure pour avoir seulement croisé le regard d’un passant. «La prochaine fois que tu me regardes, je te pète les dents», lui avait lancé un inconnu, pourtant habitué aux fêtes LGBT organisées par Fever, le pendant festif de l’association 360°. «Si tu es homo, tu es propice à l’insulte […] et cette atmosphère, où tu hésites à prendre la main de ton copain dans la rue, crée une crainte; tout cela concourt à rendre plus difficile la fierté d’être gay», résume Guillaume, conscient de vivre dans une famille où tout se passe bien et «où papa adore mon copain».

Retour à Montréal, en pleine Mecque gay. A 16 ans, le jeune Guillaume dit au-revoir à sa mère – enceinte – et à son beau-père. Les tourtereaux quittent la ville pour un grand tour d’un an en camping-bus. L’étudiant en secondaire se retrouve seul, en collocation avec une fille. Au collège, un professeur homo lui lit du théâtre de l’auteur canadien Michel Tremblay. Il y a donc «une normalité dans le fait d’être gay», se réjouit l’étudiant rendu un peu solitaire par la découverte de son orientation sexuelle. Un vent de liberté souffle sur le jeune puceau, qui habite dans le quartier branché du Plateau-Mont-Royal. Son premier job d’étudiant? Vendeur au Priape, sex shop culte de la ville, sis rue Sainte-Catherine, en plein milieu du quartier homo. Premiers émois.

En 2001, sonne le retour au pays, direction une boîte à bachot alternative: la Mutuelle d’études secondaires, qui lui permet d’enchaîner sur HEI. Guillaume devient «serveur gay à la Terrasse d’été», bar branché du quartier de l’Hôpital. «Certains affirment que gay est l’acronyme de good as you: J’aime bien cette définition. Car nous sommes égaux, quelle que soit l’orientation sexuelle: un homo vaut un hétéro et devrait avoir les mêmes droits que lui», dit le jeune barbu. Guillaume enchaîne au Phare, autre lieu homo et lesbien, situé rive droite, actuellement fermé pour cause de rénovation. Le garçon file du bon coton. Il fait un stage aux Nations Unies et chez les Verts, avant d’être formé et embauché par One FM, radio dont il assure la rédaction en chef depuis 2013. Bosseur, Guillaume assure le soir et les week-ends la direction de 360°.

Le magazine travaille avec une toute petite équipe et des pigistes qui, «c’est le moindre des choses», sont rémunérés. Le site du journal est géré par un bénévole. Il s’y publie un papier par jour et ses pages se font l’écho de l’actualité LGBT suisse et internationale, drainant 40 000 visiteurs uniques par mois. Les sujets de 360° veulent véhiculer «un regard sans clivages». Ils évoquent aussi des histoires non-gay, comme dans le numéro 150, ce témoignage d’une femme qui parle de sa vie sexuelle. La culture prend une place importante dans les pages de 360°, qui a mis les petits plats dans les grands pour son dernier opus, tiré à 88 pages. «Nous essayons de parler de ce dont les autres ne parlent pas». Guillaume cite, notamment, ce papier sur le «gaydar» (l’oeil qui détecterait les gays) et une série sur les «fagzines», ces fanzines gay qui font florès.

A une époque où il est dit que les utopies et le militantisme ont été remplacés par le marketing, 360° continue sa route, avec à sa tête un responsable qui parle de défense des droits humains et dit sa préoccupation au sujet de l’accroissement des inégalités. Il évoque le droit au mariage et à l’adoption pour tous, «dans un monde où il est dur de s’affirmer quand on sort du schéma papa-maman.»

Profil

1998: Lancement du magazine 360° à l’été

1996: Départ de la famille de Guillaume à Montréal

2001: Retour en Suisse

2009: Premier job à One FM

2012: Devient rédacteur en chef de 360°

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