Le guitariste Pete Townsend, 57 ans, l'un des compositeurs et auteurs les plus talentueux de l'histoire du rock, tentait désespérément hier soir de sauver sa réputation après avoir dû admettre samedi avoir payé avec sa propre carte de crédit pour accéder à un site Internet d'images pédophiles monté par un Texan aujourd'hui sous les verrous. Un tabloïd londonien avait révélé que la police britannique enquêtait sur «une légende du rock» dans le cadre de l'«Opération Ore», la plus vaste enquête policière internationale contre la cyberpédophilie, qui touche 7200 suspects rien qu'en Grande-Bretagne. Le musicien britannique s'est défendu en expliquant qu'il avait voulu se «documenter» dans le cadre de son autobiographie à paraître. Scotland Yard devrait interroger formellement Townsend, qui, s'il est inculpé, risque jusqu'à dix ans de prison.

Samedi matin, confirmant la rumeur qui le désignait, le guitariste des Who, en robe de chambre devant sa villa londonienne, a déclaré benoîtement aux journalistes stupéfaits que la «légende» en question était bien lui. Plus tard, il se justifiait par communiqué: «Je ne suis pas un pédophile […]. Au contraire, j'ai été choqué et j'ai dit ma colère face à l'explosion des images pédophiles sur Internet.» Pete Townsend a révélé avoir été victime d'abus sexuels lorsqu'il avait 5-6 ans, alors qu'il était sous la garde de sa grand-mère psychiquement dérangée.

Plusieurs personnalités du show-biz ont pris la défense de Townsend, rappelant la constance du thème de l'abus sexuel des enfants dans son œuvre («Uncle Ernie», dans l'opéra rock «Tommy», dès 1969). En 40 ans d'une carrière marquée par l'autodestruction (alcool, drogues, violence scénique) et la grâce (il a été reconnu comme grand poète), ce père de trois enfants qui vit séparé de sa femme depuis 1999 a régulièrement donné des concerts en faveur d'associations de défense des enfants. Celles-ci, sans condamner Townsend, l'accusaient hier soir de «confondante naïveté, au mieux», rappelant qu'aucun tribunal britannique n'avait jusqu'ici accepté le raisonnement du guitariste comme défense plausible d'un crime grave.