Les vaccins standards contre la grippe sont cultivés sur des œufs embryonnés. Or le H5N1, lorsqu'il se multiplie bien, a la fâcheuse tendance de tuer l'œuf qui lui sert de milieu de culture. Il est donc très difficile de produire de grandes quantités de vaccin contre la grippe aviaire. En cas de pandémie, il faudrait pourtant vacciner 1,2 milliard de gens à risque dans le monde. Cela nécessiterait l'utilisation de quatre milliards d'œufs. Et ce dans une période où les poules se feraient rares, écrit Suryaprakash Sambhara dans l'édition du Lancet à paraître samedi.

Ce chercheur du Centre de contrôle des maladies d'Atlanta, en Géorgie, pense avoir trouvé une parade à ce problème logistique insurmontable. Son équipe a fabriqué un prototype de vaccin par génie génétique. Inoculé à des souris, il les a efficacement protégées contre le H5N1. Une application à l'homme n'est pas envisageable avant quelques années, mais le procédé est prometteur.

Les chercheurs américains ont utilisé un adénovirus, un virus généralement bénin porteur de maladies fébriles comme rhume, affection respiratoire, gastro-entérite. Ils l'ont rendu inoffensif et modifié génétiquement de façon à ce que l'adénovirus exprime à sa surface les deux glycoprotéines du H5N1. Celles-ci sont la cible de la réponse immunitaire.

«C'est un peu comme des automobilistes qui modifieraient leur véhicule en y ajoutant des ailerons achetés séparément», commente Laurent Kaiser, du Laboratoire central de virologie des Hôpitaux universitaires de Genève. «Le procédé est élégant, poursuit-il. L'utilisation, pour susciter la réponse immunitaire voulue, d'un virus vivant atténué et peu dangereux, d'une tout autre famille que le H5N1, constitue un petit exploit technique. Même si l'on est très loin d'une application humaine. Nous nous trouvons, potentiellement, devant un nouveau type de vaccin. La manipulation de ce virus est assez originale et nous libère des œufs.»

Par ailleurs, le vaccin américain provoque la création d'anticorps, mais aussi une production de cellules destinées à combattre l'agent infectieux. C'est la première fois que l'on détecte cette seconde réaction, selon Laurent Kaiser.

Aussi belle que soit la démonstration, cela n'implique pas que l'on va aboutir à un résultat efficace sur l'homme. Le vaccin humain peut réserver des surprises. Comme l'adénovirus est fréquent, les personnes qui ont été en contact avec ce virus pourraient par exemple avoir une réaction immunitaire qui détruirait le vaccin.