«Cela nous grille dans un certain monde, mais pas dans un autre, plus artistique», ont déclaré en cette fin de semaine Guillaume Chauvin et Remi Hubert, deux étudiants de l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Le «certain monde», c’est la presse. Mercredi, Guillaume Chauvin et Remi Hubert ont reçu le Grand Prix du photoreportage étudiant organisé par Paris Match. Ils avaient proposé au magazine un reportage sur la «précarité étudiante» à l’université de Strasbourg. Leur sujet en noir et blanc décrivait la situation difficile de jeunes gens sans ressources financières, contraints de se prostituer, de travailler de nuit, de dormir dans leur voiture.

Stupeur: lorsque les deux étudiants sont montés sur scène pour recevoir leur récompense de 5000 €, ils ont avoué avoir mis en scène leur reportage avec des camarades à eux. Tous deux ont précisé avoir voulu «participer au concours pour montrer les codes trop souvent utilisés dans le photojournalisme et prouver que quelque chose de réel peut se traduire dans une mise en scène». Et d’ajouter «Nous sommes des étudiants en art. Si nous avions été étudiants en journalisme, nous nous serions jamais permis un tel acte».Le mal est fait: faute d’avoir vérifié si le reportage était authentique, Paris Match a été mystifié. Le magazine a retiré le prix aux deux faussaires, mais tout de même attribué l’argent à leur école.

L’art d’abuser les médias dans le cadre d’un travail universitaire commence à devenir un genre en soi. Le mois dernier, un étudiant en sociologie de l’université de Dublin avait inventé de toutes pièces dans l’encyclopédie Wikipédia une citation de Maurice Jarre à l’annonce du décès du compositeur. Cette citation avait été reprise telle quelle par plusieurs journaux, suggérant que ces derniers tirent parti sans vergogne de l’encyclopédie en ligne sans se soucier de sa crédibilité, ce que l’étudiant cherchait précisément à savoir.

Ce hacking entache bien sûr la crédibilité de la presse de papier, déjà malmenée par la crise économique et la fuite des lecteurs vers Internet. Mais il devrait l’encourager à viser encore davantage l’excellence, le sérieux et la pertinence, ce qui n’est pas loin d’être son seul avenir face à cet univers en constante expansion qu’est le web.