La Suisse du siècle dernier aura donné au monde pas moins de trois immenses théologiens: Karl Barth (1886-1968), Hans Urs von Balthasar (1905-1988) et Hans Küng (1928-6 avril 2021). Pour un pays qui ne compte que 4 millions d’habitants au moment où naît le dernier d’entre eux, le score est plutôt impressionnant. Mais on voit tout de suite se froncer des sourcils: d’accord pour Barth, le grand théologien protestant, auteur d’une Dogmatique qui le hisse au niveau des plus grands penseurs de la foi chrétienne de tous les temps. D’accord aussi pour Balthasar, l’éminent jésuite qui sut articuler théologie et philosophie et qui, mieux que personne, montra l’importance de l’esthétique dans la recherche fondamentale.

Mais Küng? Ce polygraphe invétéré, cet homme qui n’a cessé de ruer dans les brancards de son Eglise, celui que Jean Paul II a sanctionné en le faisant exclure de la Faculté de théologie catholique de Tübingen, faut-il vraiment le mettre sur le même plan?