Elle a le regard fuyant, Camille*, lorsqu’elle s’attable à une terrasse au bord du Léman pour nous parler. La jeune policière sort peu de chez elle. Et puis, conter le harcèlement sexuel que ses collègues lui ont fait endurer, c’est un peu le revivre. Insomnies, crises d’angoisse, vomissements avant de se rendre au poste. A tel point qu’aujourd’hui, elle n’ose pas remettre un pied dans la ville où elle a servi. Les tensions filtrent dans sa posture alerte, ses épaules recroquevillées, ses doigts courant d’un bout à l’autre de son verre d’eau. Chaque mot est soupesé. «La femme en moi n’existait plus. Et je ne voulais plus l’être, parce que je n’étais plus qu’un corps à disposition.»

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