Sexe au masculin (5/5)

Harry, 80 ans, l’élan libertaire

Ce professionnel de la communication, 30 ans en 1968, a pratiqué le couple ouvert et ça lui a réussi. Cinquante ans après, il est toujours aussi (ou)vert…

L’an dernier, cinq femmes de 17 à 67 ans nous confiaient ce qui les excitait et les éteignait sexuellement. Du 20 au 24 août, «Le Temps» s’est cette fois intéressé à cinq hommes sur le même sujet. Ils ont entre 20 et 80 ans, habitent en Suisse et racontent leur intimité, – le feu, la foudre, le flop –, sans se dérober. Une sexualité masculine honnête et passionnante.

Il joue au tennis tous les jours et sa compagne actuelle n’a pas 50 ans. Comment mieux dire qu’Harry, 80 ans, se porte à merveille? «Je ne suis plus aussi puissant qu’avant, je prends du Viagra, mais le désir est toujours là», détaille cet ex-professionnel de la communication qui allie belle stature et voix de stentor. Et si Harry devait sa bonne santé à ses choix amoureux? Une initiation à 16 ans auprès de prostituées, un premier mariage où il a compris ce qu’il ne voulait pas et trente-cinq ans de couple ouvert avec la femme de sa vie. Rencontre avec un fan des femmes qui est toujours en appétit.

Assis à une terrasse de café, on voit qu’il voit. Les jambes des passantes, leur silhouette, leur beauté. «Oui, mais, surtout, ce qui m’attire chez une femme, c’est son naturel. Je déteste les maniérées.» Harry n’est pas amateur des dessous affriolants. «J’avais 30 ans en Mai 68; pour moi, la nudité est l’habit le plus sexy!» Ce qu’il aime dans l’amour? «Donner du plaisir. Voilà pourquoi je n’ai jamais pratiqué la sodomie. Je peine à imaginer qu’une femme ait des sensations par ce canal-là…»

Père infidèle et moralisateur

On laisse planer le doute et on poursuit: quelle place la sexualité avait-elle dans sa famille? «Mon père occupait un poste important dans l’administration genevoise, il était très sévère sur le sujet. Il prônait une moralité sans faille alors qu’il trompait maman ostensiblement. Il amenait ses maîtresses à la maison en disant que c’était des amies. Avec mes deux sœurs, on était révoltés.» En revanche, la mère d’Harry a été la douceur incarnée. «Elle m’a toujours conseillé d’avoir des sentiments pour coucher. Elle a fait de moi un grand romantique!»

Des prostituées pour débuter

On sourit, car Harry tient aussi un peu de son père question envie. Il sourit à son tour. «C’est clair que je n’ai pas toujours lié sentiments et sexualité.» A commencer par les prostituées qui l’ont initié. «J’ai eu cette chance d’avoir des cousins basés à Barcelone dont le père était large d’esprit. A nos 16 ans, il nous a offert des professionnelles. C’était formidable! Elles avaient 30 ans, elles nous adoraient et elles nous ont tout montré: la fellation, le cunnilingus, les positions… C’était la meilleure éducation!» D’autant qu’à cette même époque, à Genève, le moniteur des Unions chrétiennes rappelait à Harry que la masturbation était mauvaise et risquée…

Je me déplaçais beaucoup, je multipliais les conquêtes en voyage. On avait une règle absolue: la relation extraconjugale ne pouvait pas durer plus d’un mois

A 20 ans, Harry poursuit sa formation sexuelle avec «une Mexicaine au tempérament exceptionnel». «Elle avait 35 ans et, sur le tapis du salon, une idée très précise de ce qu’elle attendait. Elle m’a appris à me retenir!» Parfois, ce marivaudage a eu ses ratés. «Lorsque j’étudiais à Paris, je me suis rapproché d’une jeune voisine algérienne. Au moment de coucher avec elle, j’ai eu une peur bleue de ce que ses frères pourraient me faire et je me suis enfui. J’ai toujours regretté de ne pas lui avoir dit pourquoi j’étais parti…»

Agathe, le grand amour et l’union libre

D’un premier mariage, très joyeux au lit, Harry a eu deux filles. «Par surprise, les deux fois… Ma femme a agi ainsi pour me garder. Je l’ai quittée, car je ne voulais pas d’une union basée sur le contrôle et la jalousie.» Arrive alors Agathe, le grand amour de sa vie. «Je l’ai rencontrée à 30 ans chez un photographe de mode dont elle était l’assistante. On était fou amoureux, mais on a choisi de vivre en union libre, car j’avais lu le psychanalyste Wilhelm Reich, défenseur de la satisfaction sexuelle, et je savais que si on s’imposait la fidélité, on allait se le reprocher.»

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Comment ça marche, un couple ouvert? «Je me déplaçais beaucoup, je multipliais les conquêtes en voyage. Agathe, qui restait à Genève, avait moins d’occasions et souffrait un peu de la situation. Quoi qu’il en soit, on avait une règle absolue: la relation extraconjugale ne pouvait pas durer plus d’un mois. Une fois, Agathe a dépassé cette limite, alors j’ai quitté le foyer pour qu’elle se décide. Elle m’a rechoisi!»

Des caresses pour faire durer le plaisir

Un happy end à l’image de leur sexualité, joueuse et complice. «On se disait ce qu’on appréciait. On excellait dans le jeu des caresses pour repousser l’orgasme au maximum. On s’est procuré un vibromasseur que je manipulais sur elle ou qu’elle manipulait devant moi. J’aimais la voir se donner du plaisir, elle aimait me voir me donner du plaisir, nos parties fines étaient très équilibrées.»

Harry a-t-il connu l’amour à trois? «Oui, une fois Agathe et une amie à elle m’ont offert ce moment unique où tout le monde a couché avec tout le monde! Mais ma femme n’a pas souhaité rééditer, car elle s’est sentie un peu menacée.»

«Si une femme dit non, c’est non»

Il y a quinze ans, un cancer a emporté l’aimée. «Un cataclysme dans ma vie», lâche Harry. Après une année de deuil, le sexagénaire s’est inscrit sur un site de rencontre et, depuis, enchaîne des relations de deux, trois ans. «Des femmes incandescentes, d’autres beaucoup plus amères.» Aujourd’hui, sa compagne, âgée de 49 ans, habite Paris.

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Comment Harry voit-il l’évolution de la sexualité au fil des décennies? «La tolérance actuelle est exceptionnelle. Ma fille aînée était homosexuelle – elle est malheureusement décédée – et ma seconde fille est bisexuelle. Leurs choix n’ont jamais posé de problème. Quant à la campagne #MeToo, je la soutiens à 100%, car je suis sûr de n’avoir jamais forcé aucune femme, parmi la cinquantaine que j’ai pu avoir. S’obstiner est vulgaire. Si une femme dit non, c’est non.»

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