TELEVISION

Heidi à l'école du feuilleton

Avec sa nouvelle «Heidi», ambitieuse coproduction avec la France, la TSR se frotte au format de la série TV tournée en décors réels. Une expérience pilote.

L'espiègle Heidi comme enjeu de formation audiovisuelle. TSR1 diffuse ce samedi soir une nouvelle série inspirée de l'héroïne de Johanna Spyri. Une entreprise ambitieuse: une coproduction franco-suisse au budget total de 7 millions de francs, dont 1,8 million de la TSR, 18 semaines de tournages avec deux réalisateurs, 26 épisodes de 26 minutes diffusés en prime time sur TSR1 durant cinq mois... Cette nouvelle Heidi montre comment les fabricants helvétiques de l'audiovisuel se frottent au format du feuilleton TV tourné en extérieurs, après la prédominance locale de la sitcom telle que les Pique-Meurons ou Marilou.

Cette Heidi était voulue par Eve Vercel, directrice de la société de production française Dune. Une compagnie déjà complice de la chaîne romande lors de l'élaboration d'un téléfilm sur Henri Dunant. L'idée: Heidi, l'ado montagnarde élevée par son libertaire de grand-père, descend en ville pour aller au collège. Dans le biotope corrompu de la cité, elle incarne les valeurs franches de la nature. Une héroïne bio à fournir au public de France 2, dans le cadre de son émission pour la jeunesse, KD2A.

Approchés par Dune et France 2, les Suisses - la TSR, puis la jeune société genevoise Rita Productions - exigent des tournages en montagne, et imposent un réalisateur naguère guide de randonnée, Pierre-Antoine Hiroz, qui partage la réalisation avec Anne Deluz. Le calcul des responsables de la TSR repose sur le principe que même si Heidi vient en ville, il faut malgré tout des images fortes de montagne, qui garantissent une audience familiale. Tous les téléfilms se déroulant sur les cimes, à l'instar des Amants de la Dent Blanche, ont obtenu des scores à la hauteur. Pour compléter le tour de table, la série a été vendue en pré-achat à six pays, dont la Pologne, la Norvège et l'Irlande.

Puis il a fallu helvétiser les scénarios élaborés à Paris. C'est la tâche de Stéphane Mitchell, qui reprend les esquisses laissées par les Français. Cette scénariste écrit sept épisodes de toutes pièces et réécrit les 19 textes déjà rédigés. D'abord, les corrections de base, rendre les scénarios adéquats aux conditions de production, réglementer la présence de certains acteurs pour les solliciter dans un minimum de temps, ou limiter et organiser les séquences en montagne, très coûteuses. Dans la foulée, gommer toute mention de «soixante-dix» ou «nonante», et toute allusion directe à l'argent (francs? euros?), de manière à rendre la fiction compréhensible des deux côtés de la frontière. Et atténuer la vision parfois folklorique que les auteurs parisiens avaient de la vie en montagne... par exemple en rajoutant l'usage du téléphone portable ou d'Internet.

En sus, Stéphane Mitchell a imposé quelques choix plus identitaires pour la série: à l'origine, le personnage de Cindy devait être chinois, elle devient une Rom venue du Kosovo. La scénariste suisse a pourtant dû composer avec une multitude de relectures par les producteurs et surtout les chaînes. Avec, en toile de fond, la montée d'une forme de sarkozysme, réelle ou présumée: les exigences en matière de gros mots ou d'allusions aux sujets sensibles, sexe ou drogue, devenaient toujours plus strictes de la part du diffuseur français. «J'avais peu de temps, j'ai choisi de ne me battre que pour les décisions importantes, pas les détails. Je n'ai pas l'impression d'avoir fait de la soupe pour France 2 ou la TSR», assure Stéphane Mitchell.

Max Karli, de Rita Productions, raconte que malgré les contraintes, «nous avons découvert une grande liberté dramaturgique dans la production d'une série, et une possibilité d'approfondir les personnages, qui diffère de l'écriture d'un long-métrage». Pour la TSR, cette Heidi représente avant tout «l'occasion de dynamiser la production indépendante», relève Philippe Berthet, responsable de la fiction. Car la chaîne a une idée derrière la tête: se doter d'une série chaque année, commanditée aux sociétés romandes indépendantes. Une première volée pourrait être produite en 2009. Au terme d'un concours, trois projets ont été retenus et sont en développement, pour un choix définitif attendu au printemps. Rita Productions et Stéphane Mitchell figurent parmi les finalistes. La nouvelle Heidi sourit à ses géniteurs.

Heidi, TSR1, samedi dès 20h05.

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