Pasteur de l’Eglise protestante de Genève, journaliste, Henri Künzler nous a quittés après une carrière qui l’a conduit de la paroisse des Pâquis à celle de Meyrin (GE), puis pendant dix-huit ans, au service protestant de la Radio suisse romande. Il y a travaillé à un moment où les esprits de clocher, Radio-Genève d’un côté, Radio-Lausanne de l’autre, avaient vraiment perdu de l’importance, au profit d’une vision romande.

Dans l’esprit œcuménique

Il avait le profil d’un pasteur cantonal mesuré; il a surtout consolidé l’impulsion du virage vers le journalisme, que nous avons tous suivi ensuite et qui est maintenant dominant. Il a sans conteste renforcé les liens à l’interne de la Radio romande. D’abord en travaillant avec nos collègues catholiques dans l’esprit œcuménique naissant, avec son compère André Babel, prêtre, directeur du Centre catholique de radio et télévision. Ensuite, en établissant des liens avec la rédaction société. La flamboyante et féministe Marie-Claude Leburgue, première femme journaliste à la RSR, cheffe de département, lui a confié plus d’une fois les rênes de son magazine Du côté de la vie.

Comme d’autres figures protestantes de la radio, Philippe Zeissig et Daniel Grivel dans le canton de Vaud, Philippe Gilliéron à Genève, il représentait une ouverture de cœur et d’esprit, l’apport d’un regard bienveillant, décalé, empreint d’un sens du vivre-ensemble qui prend ses racines dans l’Evangile et ses valeurs. Il portait avec sobriété et culture la présence des Eglises protestante et catholique dans la société, dans cet espace culturel convivial et fortement fédérateur qu’offrait la radio dans les années 1980. Il n’était pas pour autant un homme fade. Son milieu d’origine populaire, allié à plusieurs expériences marquantes notamment en Allemagne après la guerre, l’avait équipé pour voir le monde sans œillères, sans manichéisme non plus.

Un monde qui n’est presque plus

Avec lui, comme avec le récent décès de Jean-Charles Brunschwiler, disparaissent des témoins d’un monde qui n’est plus ou presque plus. Ce monde de la Radio romande comme grande famille à laquelle chacun appartenait. Ce monde était aussi celui d’une légitimité non questionnée de la place de la religion, de la foi et de l’expérience croyante dans l’espace médiatique. Aujourd’hui, tant la foi que l’expérience croyante, ne suffisent plus à faire sujet, à nouer débat, hors polémiques ou caricatures; la religion, oui, mais dans un cadre qui est devenu largement réducteur pour ne pas dire corseté.

C’est celui du «fait religieux» et de son décryptage. Henri Künzler, qui avait écrit son mémoire de licence sur «La présentation et la portée de l’anthropologie de Karl Barth», était le dépositaire d’une vraie lecture théologique du monde et de l’espérance croyante, spirituelle, foisonnante et non clivante. Il nous a laissé, avec ses compères, protestants, catholiques, agnostiques et joyeux drilles comme Emile Gardaz, le soin de transmettre ce riche héritage et de le faire fructifier, autrement. Son art de la parole et son sens affûté de l’observation nous servent de boussole. Merci Henri.