Personnalités

Ces héros anonymes que l'actualité a révélés en 2018

Ils s’appellent Mamadou Gassama, Donna Strickland ou encore Théo Gmür. Jusqu'alors inconnus, ils ont marqué 2018 par leur engagement, leur courage, leur talent ou leur sacrifice. Nous rendons hommage à ces femmes et à ces hommes dont la vie a basculé

■ Jan Kuciak, le journaliste sacrifié

Il avait 27 ans. Le journaliste d’investigation slovaque Jan Kuciak et sa fiancée, Martina Kusnirova, ont été abattus fin février 2018. Travaillant pour le site Aktuality, appartenant au groupe Ringier Axel Springer, également éditeur du Temps, le journaliste avait reçu des menaces en raison de ses enquêtes sur le crime organisé et la corruption des élites slovaques. Cet assassinat, quelques mois après celui de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, elle aussi spécialisée dans la criminalité économique, a créé une onde de choc en Slovaquie et en Europe. Malgré plusieurs arrestations, le crime n’a toujours pas été élucidé.

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■ Les sauveteurs de l’Aquarius

Les volontaires des ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières se sont relayés toute l’année à bord de l’Aquarius, l’un des derniers navires de sauvetage privés en Méditerranée. Depuis trois ans, ces anonymes ont sauvé la vie de 30 000 migrants entassés sur des rafiots censés atteindre l’Italie. Ils n’ont rien pu faire pour d’innombrables autres malheureux, engloutis par les flots. Mais c’est bien l’hostilité du gouvernement italien, avec la complicité passive européenne, qui a eu raison de l’Aquarius. Accusé de faire le jeu des passeurs, interdit d’accoster dans la Péninsule puis privé de pavillon, le navire ne reprendra plus la mer, énième naufrage.

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■ Mamadou Gassama, l’escalade citoyenne

Une caméra l’attrape, accroché à la façade d’un immeuble parisien du XVIIIe arrondissement. Mamadou Gassama, 22 ans, est encore un Malien sans papiers lorsqu’il se lance, le 26 mai 2018, à l’assaut des balcons d’où un garçonnet de 4 ans menace de basculer dans le vide. L’exploit est filmé. La générosité est incarnée. La suite est médiatique et politique. Naturalisé Français quelques semaines plus tard, en reconnaissance de son acte héroïque, le jeune homme a depuis entamé un service civique. Le père de l’enfant délaissé a, lui, été condamné à 3 mois de prison avec sursis. Les images, diffusées sur les réseaux sociaux, seront immédiatement happées par les innombrables théories du complot parlant de «machination». L’époque aime détruire ses héros.

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■ Arnaud Beltrame, une mort chevaleresque

Mort en service. Mort sous les coups d’un terroriste. Mort pour avoir accepté, lors de la prise d’otages du supermarché de Trèbes le 23 mars 2018, de remplacer l’une des caissières, retenue prisonnière. Arnaud Beltrame était un officier d’élite de la gendarmerie. Très pieux, ce catholique convaincu recherchait l’exemplarité et l’avait enseignée à ses hommes. L' hommage national qui lui fut rendu, aux Invalides, imposa sa marque de tragédie sur la présidence d’Emmanuel Macron. Deux destins extraordinaires. L’un dans son cercueil. L’autre à L’Elysée. Une mort chevaleresque qui n’a pas empêché la France d’être de nouveau visée, le 11 décembre 2018, par un attentat terroriste commis au marché de Noël de Strasbourg.

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■ Christine Blasey Ford, au nom des femmes

Elle a bravé l’impitoyable machine politico-médiatique de Washington. Christine Blasey Ford, 52 ans, a témoigné devant le Congrès pour dénoncer les agissements de Brett Kavanaugh, juge candidat à la Cour suprême qui l’a, selon elle, agressée sexuellement quand ils étaient tous deux au collège. Professeur de psychologie, elle a disséqué avec courage ces moments d’horreur devant des millions de téléspectateurs. Digne, elle n’a pas empêché Brett Kavanaugh d’accéder à la Cour suprême des Etats-Unis. Mais elle a parlé pour toutes les femmes en héraut du mouvement #MeToo.

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■ Tarana Burke, la briseuse de silence

Elle est à l’origine du mouvement #MeToo. En 2007 déjà, Tarana Burke avait lancé une campagne pour dénoncer les violences sexuelles à l’égard des femmes. Mais c’est à la fin de 2017 et l’an dernier, avec l’affaire Harvey Weinstein, que #MeToo s’est véritablement imposé dans l’opinion publique et que Tarana Burke a dû gérer une forte demande médiatique, avec l’aide de l’actrice Alyssa Milano, l’instigatrice du hashtag devenu viral. En décembre 2017, elle a été élue personnalité de l’année par Time Magazine, avec d’autres activistes briseuses de silence. La militante afro-américaine, qui a longtemps travaillé comme éducatrice sociale, a elle-même été victime d’abus sexuels.

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■ Donna Strickland, une bien belle Nobel

Il y a quelque chose de fascinant dans les Prix Nobel de physique. Pas du côté du boson de Higgs ou des ondes gravitationnelles, non, mais du côté des lauréats et des lauréates. Pensez donc: l’avant-dernière femme à avoir été récompensée n’est autre que Marie Curie, en 1903. Mille neuf cent trois! Alors Donna Strickland, qui a reçu la distinction suprême cette année pour ses travaux sur les lasers, fait bien figure d’héroïne. Pour un prix décerné chaque année, c’est carrément la honte intergalactique, l’humiliation pour les physiciens, qui doivent se sentir comme les atomes qu’ils étudient: infiniment petits.

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■ Black Panther, révolution afro

Créé par Stan Lee et Jack Kirby, T’Challa apparaît en 1966 dans une aventure des Quatre Fantastiques. Roi du Wakanda, ce puissant guerrier devient alors, sous le nom de Black Panther, le premier super-héros d’origine africaine de l’histoire des comics. Au cinéma, on le croise d’abord en 2016 dans Captain America: Civil War, avant qu’il ne devienne la star de son propre film. Et quelle star: sorti en février dernier, Black Panther fait désormais partie du top 10 des films les plus rentables de l’histoire du cinéma. Devenu phénomène de société, T’Challa a aussi eu le mérite de remettre sur le tapis l’épineuse question de la représentation des Afro-Américains dans le cinéma hollywoodien.

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■ SWAN, pour une parité dans le cinéma

Cet été, le Locarno Festival vivait un moment historique avec la signature d’un accord de parité pour une représentation égalitaire des sexes dans sa programmation et ses instances dirigeantes. Un accord rendu possible par le formidable travail de fond de l’association SWAN (Swiss Women’s Audiovisual Network), coprésidée par la Tessinoise Laura Kaehr, l’Alémanique Gabriel Baur et la Romande Stéphane Mitchell. Lesquelles doivent capitaliser sur ce joli coup pour s’attaquer à d’autres problèmes, notamment celui du nombre restreint de femmes faisant carrière dans la réalisation, alors qu’elles sont aussi nombreuses que les hommes dans les écoles de cinéma.

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■ Armin Capaul, l’amour vache

Que ne s’est-on moqué de ce paysan hirsute portant chemise à carreaux lorsque, quasiment seul, il abordait les passants pour leur demander de signer son initiative en faveur du subventionnement des vaches à cornes! Le Conseil fédéral et le parlement l’ont snobé. Mais il a ensuite déclenché un large débat national, avec débordement international, sur la nature des cornes bovines. Le Grison de Perrefitte (Jura bernois) a perdu, il est retourné à sa ferme. Il restera une figure héroïque de la démocratie, un héraut des droits populaires au sens primitif du terme.

Voir la vidéo: Armin Capaul, le punk à vaches

■ Laura Zimmermann, le nouveau souffle démocratique

A 26 ans, la Bernoise Laura Zimmermann incarne ce mouvement revigorant de renouveau qui souffle sur la démocratie participative en Suisse. A la manœuvre de l’Opération Libero avec Flavia Kleiner, elle a été omniprésente sur les réseaux sociaux et les plateaux de télévision pour combattre l’initiative No Billag et celle de l’UDC pour l’autodétermination. Après avoir croisé le fer avec Christoph Blocher et Roger Köppel, rien ne lui fait peur. Elle se prépare déjà à de nouveaux combats citoyens.

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■ Ramon Zenhäusern, médaillé surprise

Des quinze médailles rapportées des Jeux olympiques 2018 par les athlètes suisses en février dernier, c’est celle qui était le moins attendue. En remportant l’argent lors du slalom de Pyeongchang, le Haut-Valaisan Ramon Zenhäusern s’est révélé au grand public. Skieur atypique de 2 mètres de haut dans une discipline alpine qui nécessite agilité et explosivité, il a déjoué tous les pronostics pour dompter une piste qui a eu raison des favoris, avant de guider la Suisse vers une brillante médaille d’or lors de l’épreuve par équipe.

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■ Théo Gmür, triple champion paralympique

En quatre petits jours, au mois de mars, Théo Gmür (22 ans) est passé de l’ombre à la lumière. Hémiplégique depuis l’âge de 2 ans, à la suite d’un œdème cérébral, le skieur valaisan a le côté droit du corps paralysé. Cela ne l’a pas empêché de briller sur la neige de Pyeongchang, où il a fait résonner l’hymne national à trois reprises. Le Nendard est revenu de Corée du Sud avec, dans ses valises, les titres de champion paralympique de descente, de super-G et de géant, dans la catégorie debout.

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■ Rexhep Rexhepi, l’horloger surdoué

Une fois qu’on l’a entendu, on ne l’oublie plus. Rexhep Rexhepi, jeune horloger surdoué basé à Genève, possède un nom qui reste dans les mémoires. Mais si l’année 2018 se rappellera de lui, ce n’est pas uniquement à cause de son patronyme. Après des années de galère, ce jeune horloger semble désormais avoir enfin réussi à percer. Présentés à la foire de Bâle en mars, les 50 exemplaires de son nouveau chronographe contemporain (58 000 francs) se sont vendus comme des petits pains. Surtout, il a reçu cet automne le prix de la montre homme du Grand Prix de l’horlogerie de Genève.

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■ Lea von Bidder, la baby-boomeuse

En 2014, Lea von Bidder cofonde Ava Women, une start-up qui fabrique des bracelets connectés permettant aux femmes de suivre leur cycle menstruel. Quatre ans plus tard, la société a levé 42 millions de dollars (dont 30 millions en 2018), se targue d’avoir aidé 15 000 utilisatrices à tomber enceintes et compte 100 employés. Cette année, elle a également remporté le prix de la start-up la plus prometteuse de Suisse.

Lea von Bidder, 28 ans, dirige depuis San Francisco les activités américaines d’Ava, son marché principal. Elle figurait déjà parmi les moins de 30 ans qui comptent, selon un classement de Forbes en 2017, mais elle est beaucoup apparue cette année dans les médias alémaniques à la fois comme modèle de réussite pour les start-up et pour ses opinions en faveur d’une plus grande place des femmes dans l’écosystème des start-up en Suisse.

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