Son «Odysée de l'Espèce» a été vue par 30 millions de téléspectateurs dans le monde. Pour son nouveau film, Jacques Malaterre a toutefois nourri une ambition plus ciblée que celle de cette fresque qui retraçait l'apparition de la vie sur Terre. Reste que le spectre de son opus tout neuf reste immense: Homo sapiens, à voir sur la TSR le 29 décembre, est concentré sur une période d'environ 300 000 ans, des premiers pas africains de l'ancêtre de l'homme à sa sédentarisation progressive. Cette période durant laquelle l'homo sapiens a quitté l'Afrique pour gagner les terres qui feront les continents d'aujourd'hui, le réalisateur l'a résumée dans un «documentaire-fiction» de 90 minutes qui a mobilisé 156 acteurs. Plus qu'un didactisme pointilleux, il s'en dégage une interprétation forte du parcours de l'espèce humaine. Un des (rares) moments forts télévisuels de cette fin d'année 2004.

La paléontologie, «une science aussi jeune que le cinéma» souligne le réalisateur, établit patiemment un savoir qui est encore fragmentaire. Le rythme d'Homo sapiens, l'efficacité visée par la dramaturgie d'un produit qui doit convaincre le plus grand nombre ne permet pas de s'égarer dans les possibles d'une évolution dont le déterminisme est absent. On peut le regretter tout en espérant que la version longue du film (diffusion à Pâques sur la TSR), entrelardée des interventions de scientifiques, corrige cet aspect.

Jacques Malaterre, lui, assume ses choix avec honnêteté. Il a voulu un film humaniste dans lequel «le souci premier de sapiens est de passer la vie». «Si le téléspectateur retient les grandes étapes du parcours de sapiens et s'il comprend que le genre humain est issu d'une même et unique famille, je serai très heureux», dit-il.

Homo sapiens retrace donc l'histoire de l'ancêtre de l'homme moderne. C'est la partie documentée du film dont Yves Coppens, directeur du Museum National d'histoire naturelle, à Paris, est la caution scientifique. Paléontologues et scénaristes ont collaboré durant la phase d'écriture qui a duré un an. Yves Coppens a assuré les relectures du scénario et a corrigé les interprétations fautives au regard des connaissances scientifiques actuelles. «L'enjeu était de rester dans la mesure du vraisemblable, dit le professeur: est-ce qu'ils chassaient de cette manière? avaient-ils déjà des bijoux?, etc.»

«A partir de là, Yves Coppens nous a lâchés en nous disant d'aller rêver», résume le réalisateur. La paléontologie, «en raison de la nature fragmentaire de son information […] a l'extraordinaire devoir d'imaginer», a écrit le scientifique dans son livre «Le Singe, l'Afrique et l'homme». Pour dramatiser son récit, Malaterre a inventé des saynètes dont l'enchaînement rejoue l'histoire de sapiens. Le tournage s'est déroulé en Afrique du Sud, en Chine, en France, aux Etats-Unis et en Israël. Il a fait un détour par la Suisse, à Massongex, dans les Alpes valaisannes que les personnages de Malaterre franchissent grâce, raccourci narratif, à l'invention de la chaussure.

La part du songe est grande dans le montage final qui laisse une place importante à la «spiritualité»: le mystère de la mort, le rôle du chaman dans la tribu, la naissance de l'art. Renforcée par la narration du comédien Philippe Torreton et une musique au lyrisme souligné, cette partie-là du film le leste d'une interprétation personnelle qui le rend attachant. C'est l'élan narratif de Homo sapiens qui, s'il rebutera ceux qui préfèrent la retenue des documentaires à but strictement pédagogique, entraînera les autres dans un récit qui sait être généreux.

«Homo Sapiens», mer 29 décembre, TSR1 20h15 suivi du «Making of».