MŒURS

A Hongkong, malgré la loi, la coutume perdure et la concubine reste reine

Officiellement, les concubines n'existent plus dans l'ancienne colonie anglaise depuis 1971. Pourtant, dès qu'un homme réussit professionnellement, il prend une, voire plusieurs maîtresses qu'il entretient à grands frais

«Je ne connais pas un homme à Hongkong qui n'ait pas au moins une maîtresse», reconnaît une femme du monde qui ne manque aucun des rassemblements festifs de la haute société de Hongkong. Elle ajoute: «Ici, une femme qui se marie sait d'emblée ce qui l'attend. Les hommes sont partis toute la semaine, soit en Chine ou en Asie pour affaires. Mais après quelques années, si l'homme est absent, c'est parce qu'il a un autre foyer non loin de chez lui.» Bien sûr, ni les hommes, ni les femmes, ni les maîtresses elles-mêmes ne parlent à visage découvert de cette situation. Mais dans ce village où tout le monde se connaît, «l'autre vie» de ces hommes établis est un secret de Polichinelle.

Officiellement, et juridiquement, les concubines n'existent plus à Hongkong depuis 1971. Il y a à peine trente ans, les hommes chinois les mieux établis avaient une seconde épouse officielle, dont les droits maritaux et financiers étaient protégés, ainsi que ceux de leurs enfants, par la loi. Aujourd'hui encore, nombre de successions sont l'occasion d'intenses batailles juridiques entre premières épouses et secondes, voire entre leurs enfants respectifs, et aucun détail de la double vie du défunt n'est épargné pour revendiquer un droit à l'héritage.

Les textes législatifs ont changé. Mais la pratique existe toujours, même si le droit de la famille à Hongkong a tous les attributs de la modernité. Les concubines demeurent donc un «accessoire» toujours très prisé. Plus qu'un goût occasionnel pour une aventure, c'est une institution. Certains riches tycoons du territoire ne s'en cachent guère. Ainsi le roi du jeu de Macao, Stanley Ho, 78 ans, qui évoque sa «femme numéro quatre», Anna Leung. A 39 ans, elle vient de mettre au monde le dix-septième enfant de l'homme d'affaires.

Avantages

La situation de Anna Leung est tout ce qu'il y a de plus officielle. Installée comme les trois autres «épouses» dans une riche maison du territoire, tenue par un personnel domestique au complet, elle parle très simplement de sa situation dont elle reconnaît les avantages: «Il me traite bien, dit-elle de Stanley Ho dans une interview récente. J'ai une vie luxueuse et n'ai besoin de me soucier de rien. Je ne suis pas surprise qu'il y ait tant de femmes autour de lui, ajoute-t-elle avec l'élan du cœur. Il est plein d'humour, de gentillesse, d'énergie, et très romantique.»

Dès qu'un homme réussit professionnellement, il prend une, deux, voire plusieurs femmes, le plus souvent entre 20 et 30 ans, qu'il installe dans des appartements non loin de chez lui ou de son bureau. Avec tout le confort qu'il se doit de leur offrir: voiture, voyages, carte de crédit ouverte pour un shopping à volonté, téléphone mobile, adhésion à un club, etc. Car la règle du jeu veut que toute relation adultérine s'appuie sur une base financière sérieuse: à Hongkong, avoir une maîtresse qui vous attend jour et nuit coûte au bas mot 20 000 francs suisses par mois. Dans cet empire de la consommation, les hommes ne rechignent pas à la dépense.

Le remords ne semble guère tarauder ces hommes qui ne se sentent de devoirs que financiers vis-à-vis de leurs épouses légitimes. «Mais les femmes mariées qui voient les écarts de leur mari se sentent profondément humiliées, affirme Paulina Kwork, conseillère pour les affaires extramaritales à l'association Caritas Family Service à Hongkong. Au début, elles oscillent entre le désir de violence – il y a eu des cas d'attaques à l'acide nitrique – et les pensées suicidaires. Mais en général, elles finissent par se résigner et taisent leur douleur.» Plus cynique, cette femme européenne de la haute société de Hongkong, mariée à un homme d'affaires chinois, n'hésite pas à affirmer que «les femmes sont plus soucieuses de leur carte de crédit que de leurs maris. Tant qu'ils continuent à leur offrir ce qu'elles désirent, elles se moquent de ce que fait leur mari.»

«Si dans 60% des cas, les maîtresses installées sont à Hongkong, pour le reste elles sont en Chine, à Shenzhen, Canton ou Zhuhai, près des usines des hommes d'affaires de Hongkong», explique Paulina Kwok. L'installation de la seconde épouse en Chine est facilitée par l'écart considérable de niveau de vie entre Hongkong et la Chine, où il ne coûte que 3000 yuans par mois d'entretenir une jeune femme patiente et désirable. Une étude démographique récente menée par le bureau des statistiques concluait qu'un homme chinois sur quatre avait des enfants en Chine populaire…

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