Elle est partout. «J’ai presque honte», lâchait l’infectiologue Didier Pittet au sujet du taux de vaccination suisse en début de semaine. «Mais quelle honte», lit-on au sujet de tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux. «Vous devriez avoir honte.» «La honte doit changer de camp»… Si ce sentiment d’humiliation n’est pas une insulte, son évocation résonne comme une souillure qui traverse les époques, et s’est imposé dans le discours contemporain.

Tour à tour slogan militant pour renverser les forces d’oppression, encouragement du développement personnel à s’en libérer, cri d’indignation devant ceux qui en semblent dépourvus, la honte est un affect indissociable de l’expérience humaine. Au point que le philosophe Frédéric Gros lui consacre un essai – La honte est un sentiment révolutionnaire, Ed. Albin Michel – pour en explorer toutes les vertus. Et si, en la déchargeant de sa capacité d’humiliation, la honte ouvrait sur un monde de nuances? Entretien.