Société

Horyou, le réseau social qui parie sur la positivité

Créée à Genève, la plateforme veut relier les «acteurs du bien commun». Objectif: le virtuel au service du réel

«Il y a un déséquilibre dans la couverture de l’actualité, qui met en avant surtout des faits inquiétants. L’aspect anxiogène de ce qui est diffusé par les médias finit par avoir un impact sur le lien que nous avons les uns avec les autres: il sape la confiance», constate Yonathan Parienti. Le Genevois, transfuge de la gestion de fortune converti au travail solidaire, a fondé en 2013 le réseau social Horyou ( LT du 12.06.2014) pour «rééquilibrer cette équation, car elle à un impact sur nous».

Rééquilibrer, comment? «En mettant en lumière ce qui se passe de positif dans le monde. Il y a des expériences porteuses de bien social, de créativité, d’entraide, de solidarité.» Plateforme en ligne, mais faisant le pari de mettre «le virtuel au service du réel», Horyou entend accroître la visibilité des «actions positives», fédérer «les différents acteurs du bien commun», leur attirer des soutiens concrets. Selon son fondateur, «ça peut tout changer».

Tout changer: un coup d’œil au monde, et l’idée, en effet, semble s’imposer. C’est le territoire qu’explore En quête de sens , documentaire phénomène (pas de distribution traditionnelle, presque pas de presse, 80 000 spectateurs à ce jour, lire LT du 13.06.2015), que le cinéma genevois Cinélux programme en ce moment et qu’Hor­you a diffusé en mai sur la Croisette. Si la faune de Cannes a eu accès à ce film ignoré par les festivals, c’est apparemment grâce à l’équipe genevoise, qui l’a projeté dans son «Hor­you Village».

Mille mètres carrés de chapiteaux immaculés, dédiés «aux arts, à la culture et à la diversité», proposant gratuitement, pendant les deux semaines du Festival, des concerts, des films, ainsi que des espaces voués «à la mise en avant d’organisations non lucratives suisses et internationales»: initiative étonnante. La manifestation cannoise est en effet plutôt «un ensemble d’espaces fermés, de grilles, de bodyguards, où vous ne pouvez entrer nulle part parce que vous n’êtes jamais sur la liste», relève Yonathan Parienti.

«Ça peut tout changer», disait-on: chacun à sa manière. A la différence du dernier livre de Naomi Klein, dont la version française porte à peu près le même titre ( Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique , lire LT du 25.04.2015), Horyou n’imagine pas redonner une chance à l’humanité sur Terre en dressant des barricades environnementalistes et en suscitant un mouvement anticapitaliste, mais plutôt par une contagion de positivité. «Un cercle vertueux qui redonnerait de la confiance», selon les termes de son fondateur.

Il s’agit, en fait, de donner des idées. «Par exemple: vous entrez en contact avec une expérience d’agriculture urbaine dans votre ville, cela vous donne envie de découvrir d’autres initiatives qui partagent les mêmes valeurs.» De lien en lien, «avec nos moyens infinitésimaux, on peut avancer vers une prise de conscience collective et faire évoluer le modèle». Même les décideurs, affectés «par cette dynamique audible et entendue» finiraient par être contaminés par la positivité. Pourquoi pas? «Il faut se dire que rien n’est insurmontable.»

Entre-temps, à court terme, «il y a des centaines de milliers de projets qui sont prêts à être financés – et des milliards de francs qui sont en attente, dans les fondations d’entreprise». Il faut que «les entreprises socialement reponsables nous rejoignent, qu’elles soient des soutiens, des sponsors». Il s’agit, aussi, de «faire germer l’entreprenariat social».

Convaincue qu’«il ne faut pas rester dans le virtuel, mais créer des moments participatifs ouverts à tous», l’équipe d’Horyou organise pour la deuxième fois le Social Innovation and Global Ethics Forum (Forum de l’innovation sociale et de l’éthique globale, SIGEF), prévu du 23 au 25 octobre 2015 à Genève, au Bâtiment des forces motrices. Les organisateurs tablent sur 5000 participants in situ, ainsi que sur une audience mondiale de 80 millions de personnes via la caisse de résonance numérique.

Si on adhère au pari, on peut s’inscrire à Horyou comme on le fait pour Facebook – la publicité en moins et des «lights» à la place des «likes» quand on veut signaler son approbation. Le fil d’actualité de la page d’accueil permet ainsi, à l’heure où l’on écrit ces lignes, de découvrir le Cinéma numérique ambulant, voué à projeter la «production cinématographique africaine de qualité» dans des régions où «le cinéma n’existe pas». Ou les feuilles éoliennes des «arbres à vent» de la société française New Wind. Ou encore, via le profil d’une utilisatrice française prénommée Florence, l’occupation, par 10 000 Amérindiens du peuple Nasa, de terres «promises par l’Etat il y a plus de vingt ans» dans les montagnes du sud-ouest de la Colombie. Positivité: joli combat. Mais il est bien possible que, sans une dose d’opposition, on ne s’en sorte pas.

www.horyou.com

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