Résilience

Hubert Blanchard, toujours de l’avant

Amputé d’une jambe en janvier, Hubert Blanchard est un rescapé de la montagne. Pour donner un sens à son aventure et financer ses prothèses sportives, il a lancé une plateforme de crowdfunding d’un nouveau genre. Récit

La montagne, Hubert Blanchard la côtoie depuis plus de 20 ans. Randonneur, moniteur de peau de phoque, chef de course du Club alpin, il a varié les approches sportives pour étancher sa soif de grands espaces, de nature, de liberté. «Les promenades dominicales sur les quais, très peu pour moi», dit-il en riant. La montagne, Hubert la connaît autant pour les plaisirs qu’elle lui offre que pour les dangers qu’elle recèle. Un hiver, lors d’une randonnée à ski du Club alpin, un accident lui rappelle dans la douleur que le milieu naturel garde toujours sa part d’imprévisibilité. Trois personnes sont emportées ce jour-là.

Tout sauf une tête brûlée

Le grand bonhomme est tout sauf une tête brûlée et ses sorties en peau de phoque, il les prépare avec minutie. Même s’il accepte la part de risque, tous les paramètres maîtrisables sont étudiés, de l’itinéraire à l’équipement de sécurité en passant par le danger d’avalanche. Ce 22 janvier 2016, veille de son anniversaire, le danger est de 2 sur 5. Traduction: risque limité avec instabilités localisées dans les couches profondes, difficiles à déceler. Parti dans la région du Col des Pauvres avec des amis, Hubert profite du grand air sous un soleil radieux.

La montagne gronde

Lors de sa deuxième descente, et malgré toutes les mesures de sécurité (le premier skieur descend alors que le second patiente en haut afin d’éviter la surcharge du manteau neigeux), la montagne gronde sous un virage appuyé. Une avalanche de plaque se détache. «J’ai été pris dans cette machine à laver sur près de 800 mètres. J’ai tout de suite eu le réflexe d’ouvrir mon airbag, ce qui m’a maintenu en surface», raconte Hubert. Son airbag, offert par sa femme pour la naissance de leur fils, lui sauve la vie, mais l’avalanche lui prend une jambe. Rapidement transporté à l’hôpital, il se réveille à 23h15, parfaitement conscient de ce qu’il vient de vivre, et de perdre.

Car, oui, la vie continue

A minuit, sa famille vient lui souhaiter bon anniversaire. Car oui, la vie continue, et Hubert garde le sourire et sa joie de vivre, trop conscient qu’il aurait pu perdre bien davantage que sa jambe droite. «Pendant 4 jours, je pensais que les médecins mettaient des antidépresseurs dans les perfusions! Je voyais mes proches avec les larmes aux yeux et c’est moi qui les rassurais», se souvient-il avec amusement. «Ensuite, j’ai réalisé que j’aurais vraiment pu tout perdre». Les phases de tristesse de moral sombre passées, il voit vite l’avenir: se remettre à marcher, à courir, à nager, à skier. A vivre. «Avec ma femme, on a envie de mettre notre petit bonhomme sur les skis cet hiver. Mais à 2 ans, ce sera un quart d’heure, une demi-heure s’il adore! Alors moi aussi, j’aimerais pouvoir essayer avec lui», explique Hubert, l’œil malicieux.

Le «crowd donating»

Les assurances ne prennent pas en charge les différentes prothèses sportives dont il a besoin: une pour le ski, une étanche et une pour la course à pied. Il imagine alors un échange de services pour rassembler les 45’000 francs nécessaires. L’idée fait son chemin et Marina D’Amplo, une amie, trouve la formule idéale: une plateforme collaborative permettant à des personnes de proposer des services que d’autres peuvent acheter. «Les codes traditionnels de la collecte de fonds sont cassés pour proposer une manière plus innovante de financer les prothèses d’Hubert», précise Marina. «C’est un modèle de crowd donating complètement nouveau, qui met en relation les gens qui ont envie de m’aider», ajoute Hubert. Julie Chappuis, une autre amie, anime la page Facebook du projet.

En quelques jours, le succès est au rendez-vous. Moins d’un mois après le lancement de la plateforme, une trentaine de services sont déjà enregistrés, et d’autres continuent d’affluer. La boutique de services, ouverte hier, propose un large spectre d’activités allant de la gastronomie aux activités sportives, en passant par le partage d’expériences ou l’artisanat local. «J’ai même des amis qui ont proposé une visite guidée d’Hong Kong», rigole Hubert. Il raconte ce grand élan de solidarité avec reconnaissance et humilité.

Il irradie de bonne humeur

Hubert irradie d’humanité. Son large sourire et sa bonne humeur en feraient presque oublier son accident, sauf peut-être lorsqu’il raconte la fatigue ou la difficulté de se concentrer à cause des médicaments. «J’ai toujours pensé que c’était une chance d’être responsable de ce qui m’est arrivé. Bien sûr, on a des regrets, on aurait envie de faire les choses différemment. Mais ce jour-là, j’estime avoir fait les choix adaptés, et c’est arrivé quand même». Transformer le négatif en positif, échapper au fatalisme, voilà le leitmotiv d’Hubert et de son équipe de choc. «Avec cet accident, des personnes qui ne se connaissent pas vont se rencontrer, faire des expériences, découvrir de nouvelles choses. Et créer des souvenirs par des moments de qualité», conclut Marina. Bien entouré, Hubert a réussi le pari de faire d’un événement tragique une belle leçon de vie.


Profil

1972: Naissance à Vevey

2008: Un 27 octobre, ascension réussie de l’Himlung Himal, sommet népalais culminant à 7126 mètres d’altitude.

2010: Mariage avec Paola

2014: Naissance de leur fils Thibaut

2016: Un 22 janvier, accident et amputation

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