Vêtu d'un complet sombre et arborant une cravate rayée, Armin Miewes a encaissé sa condamnation sans émotion. Le «cannibale de Rotenburg» a plutôt affiché un brin de nonchalance à la lecture du verdict, vendredi matin. Sans jamais se départir de son sourire amusé, il a fixé une dernière fois les objectifs des photographes du monde entier avant de disparaître sous escorte policière. La cour criminelle du tribunal de Kassel l'a jugé coupable de coups mortels et l'a puni d'une peine de huit ans et demi de prison. Jugé pénalement responsable de ses actes, il échappe à un internement psychiatrique.

Le cannibalisme n'est pas un délit dans le code pénal allemand, a rappelé hier le juge Volker Mütze. «C'est un comportement qui récolte le mépris de la société.» Le cas est unique dans les annales de la justice. Deux hommes atteints d'une profonde déviance psychique entrent en contact sur Internet; leur perversité complémentaire les réunit autour d'un projet inouï: Miewes tranchera le pénis de son partenaire et les deux hommes le dégusteront ensemble; après ces préliminaires, Miewes tuera son partenaire avec son consentement afin de le dépecer et le manger.

La cour n'a pas suivi le parquet qui poursuivait pour meurtre par plaisir sexuel et réclamait la peine maximale de 15 ans de prison. Cette option a l'inconvénient d'ignorer le consentement de la victime. Or, pensent les juges, le cannibale n'aurait pas tué si sa victime ne l'avait pas encouragé. La cour ne s'est pas non plus ralliée à l'avocat du cannibale qui plaidait le crime sur demande punissable d'une peine maximale de cinq ans de prison. Les motifs égoïstes du cannibale empêchent de retenir ce délit qui suppose un motif honorable dans l'acte de donner la mort.

S'il se comporte bien en prison, Armin Miewes sera libre dans cinq ans au maximum. Le procureur a aussitôt annoncé son intention de recourir contre ce verdict de compromis. «Mon client est soulagé de ne pas être reconnu coupable de meurtre», a témoigné pour sa part l'avocat du cannibale. Il n'a pas dévoilé s'il entendait aussi recourir. Lors de sa dernière intervention devant ses juges, Armin Miewes avait évacué tout risque de récidive: «J'ai eu le plus grand flash de ma vie. Je n'ai plus besoin de réaliser mes fantasmes.» Le cannibale sait en revanche comment s'occuper: il a commencé à écrire ses Mémoires.