Cela s’appelle «le Jeu de l’ultimatum». Il tourne autour d’une somme d’argent. Vous pouvez toucher une partie de ce pactole à condition de le partager avec une autre personne. Que faire: des parts égales? Ou neuf dixièmes pour vous? Vous êtes libre de décider. Sachez seulement que, si l’autre personne refuse votre offre en la jugeant trop mesquine, le jeu s’arrête immédiatement et personne n’empoche rien…

Frans de Waal a transposé le jeu chez les chimpanzés. La monnaie change, si l’on peut dire: ce n’est pas de d’argent, ce sont des grains de raisin. L’objectif est le même: étudier la place qu’occupe, dans nos choix ou dans ceux des autres primates, le penchant pour l’équité. Résultat? Selon le psychologue et primatologue néerlando-états-unien, invité le lundi 13 avril pour une conférence publique au Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel*, les chimpanzés jouent le jeu en choisissant des répartitions équitables. C’est pareil, d’ail­leurs, si on tente de récompenser deux grands singes d’une manière inégale pour la même tâche. Ils se rebiffent s’ils sont lésés, et refusent de croquer leur rémunération si leur congénère n’est pas pareillement rétribué.

Après avoir comparé les stratégies des chimpanzés et les manœuvres humaines dans son premier livre, La Politique du chimpanzé (1982), puis s’être intéressé à la Réconciliation chez les primates (1989), le chercheur se penche depuis une vingtaine d’années sur le comportement moral et sur l’empathie dans le monde animal: un champ désormais en plein essor, après avoir été longtemps négligé.

Le retour de l’émotion animale

« La possibilité que les animaux éprouvent de l’empathie et de la sympathie a reçu peu d’attention pour deux raisons, explique Frans de Waal en présentant sa conférence. La première réside dans le fait que la biologie évolutionniste a préféré, jusqu’à il y a peu, l’image d’une nature sanguinaire où il n’y avait pas de place pour la gentillesse. La seconde tient à une peur excessive de tomber dans l’anthropomorphisme et au tabou du mot «émotion» appliqué aux animaux.» Aujourd’hui, grâce à une ­observation renouvelée des comportements et à l’apport des neurosciences, «les émotions animales font leur grand retour». C’est d’ailleurs dans le cadre d’une manifestation consacrée aux «Emotions sociales chez les humains et les animaux» que la conférence de Frans de Waal prend place.

* 14, rue des Terreaux. Conférence (en anglais) à 18h30. Entrée libre.