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Capture d'écran du site Humans of New York. 

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Les Humains de New York font vibrer toute la planète

Un ancien trader photographie depuis 2010 des inconnus dans la rue. De New York aux foyers de réfugiés syriens en Europe, son projet polyphonique tient en haleine 15 millions d’abonnés

Il y a cette fille de droguée qui raconte comment elle cachait les clés de sa maison pour empêcher sa mère d’aller acheter du crack. Il y a cet agent musical devenu professeur de bonheur à NYU, la grande université new-yorkaise. Il y a ce vieux monsieur qui a évité la Caroline du Nord pendant 40 ans parce que la police locale avait trafiqué sa voiture pour le coffrer. Il y a des amoureux, des extravertis, des sans abri, des obèses… Certains se racontent en deux lignes, d’autres sont volubiles.

Des milliers de portraits et d’histoires parfois drôles, souvent déchirantes, dont les plus poignantes suscitent des milliers de commentaires toujours empathiques. «Après avoir lu votre histoire, mes problèmes me paraissent si ridicules», dit l’un. «Courage, vous n’êtes pas seul, nous prions pour vous», écrit une autre. «Vos enfants seront fiers de vous», rassure un troisième…

Le projet HONY, pour Humans of New York, commencé il y a 5 ans, ne devait être au départ qu’une collection de portraits. Brandon Stanton, son fondateur est un drôle d’Américain, un trentenaire ancien trader de Chicago venu à New York après avoir perdu pas mal d’argent, obsessionnel compulsif, et dont l’objectif en 2010 était de rassembler 10 000 photos de New-Yorkais attrapés au vol dans une rue, un jardin, sur un quai de métro. Assez vite le kaléidoscope s’est complété de quelques mots des portraiturés, et c’est cette combinaison entre l’image extérieure, publique de ses personnages, et la fenêtre qu’ils ouvrent sur leur vie intime qui a fait l’extraordinaire succès de HONY. Car Brandon a le don de faire naître les confidences, les regrets, les souhaits inavouables. «Mon père ne sait pas exprimer ses émotions». «J’avais 12 ans la première fois que j’ai essayé de me suicider». «J’ai eu mon premier diplôme à 40 ans».

La plongée dans les histoires personnelles est immédiate. Cette SDF si libérée, cet homme d’affaires si seul, ce pourrait être moi. Leurs histoires de famille, d’amour, de folie, de travail, ce sont les miennes. Nous sommes tous des humains de New York.

Le succès a rattrapé HONY, un premier livre rassemblant des portraits a immédiatement atterri sur la liste des bestsellers du New York Times en 2013, et tous les exemplaires du 2e opus qui doit sortir ce 13 octobre ont été pré-commandés.

En janvier, Brandon a pu lever plus d’un million de dollars pour une école dont un des élèves l’avait impressionné: un vrai conte de fées. Mais ce succès fait aussi polémique. En juillet, les propos d’un enfant d’une dizaine d’années effrayé d’être discriminé plus tard parce qu’il est gay ont déclenché une bronca: comment peut-on se dire homosexuel à un âge si précoce! Cinq cent mille personnes ont «liké» son témoignage, qui a été partagé 50 000 fois et a même suscité une réaction de Hillary Clinton: «Prédiction d’un adulte: ton avenir va être formidable, tu vas être toi-même surpris. Trouve les gens qui t’aiment et ont confiance en toi – il y a en aura énormément».

Début septembre, Brandon a pour la première fois abandonné le bithume de la Grosse pomme et s’est rendu au Pakistan, et en Iran. Ont suivi des portraits d’une architecte de Téhéran posant devant le pont qu’elle a construit, d’un père fier de son fils généreux avec les pauvres (une histoire «aimée» 600 000 fois, et cette fois c’est Barack Obama qui a laissé un commentaire), d’un couple racontant combien il avait dû subir d’examens et de fécondations in vitro avant d’avoir un enfant. Des images inattendues de l’ancien pays membre de «l’Axe du mal», pendant le vote au Congrès sur le dossier nucléaire. Ces derniers jours, Brandon était sur la trace de réfugiés du Moyen-Orient en Europe. Un père irakien qui vend sa maison pour payer la rançon de son fils, un restaurateur de Syrie obligé de tout laisser derrière lui pour rester vivant, un interprète syrien qui finit par devenir citoyen autrichien après une insensée odyssée: «C’est déchirant». «Ils sont comme nous» (!), «Quelle leçon de vie»… Emotion, empathie, sens de la communauté et de l’appartenance: HONY, le site qui vous fait du bien.

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