Mode 

A Hyères, la consécration de la HEAD, l'école d'art et de design de Genève

Diplômées de l'école genevoise, les Romandes Vanessa Schindler et Marina Chedel ont été primées lors de la 32e édition de ce Festival international de mode et de photographie 

Coup double. Coup double! Ce week-end, deux Suissesses formées à la Haute Ecole d’art et de design de Genève (HEAD) ont été primées lors du 32e Festival international de mode et de photographie à Hyères, bulle de liberté et de créativité, incontournable tremplin pour les talents de demain. Fraîchement diplômée en design mode, Vanessa Schindler, 29 ans, a remporté le Grand Prix du jury Première Vision pour «Urethane Pool, Chapitre 2», collection femme au langage textile novateur: souder plutôt que coudre les tissus. Le premier chapitre n’était autre que son travail de master, qui lui a valu en 2016 le Prix HEAD Master Mercedes-Benz. La Bulloise d’origine a également décroché le Prix du public et de la Ville de Hyères, un double plébiscite professionnel et populaire particulièrement rare pour le festival.

De son côté, Marina Chedel, 28 ans, a gagné la première édition du Grand Prix du jury Accessoires de mode Swarowski pour sa collection d’imposantes chaussures intitulée «Over the Peak», inspirée des Alpes suisses, hommage à son père, guide de montagne.

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Emotion contagieuse

Dans les coulisses du défilé de clôture, juste après l’annonce des résultats, le directeur de la HEAD, Jean-Pierre Greff, tremble littéralement de joie. «C’est un bonheur immense, je ne touche pas terre! Vanessa et Marina méritent amplement d’être récompensées. En ce qui concerne l’école, cela fait sept ans que nous participons au festival de Hyères et avons frôlé plusieurs fois le Grand Prix Mode. Cela va bien sûr contribuer à forger notre notoriété déjà internationale.» Intervenant à la HEAD, le fondateur du festival de Hyères, Jean-Pierre Blanc, félicite, lui, une institution «sérieuse, qui commence vraiment à compter au niveau européen. La mode y est mise à l’honneur avec des moyens conséquents, c’est très enthousiasmant.»

Une interview de Vanessa Schindler réalisée par et pour le Festival de Hyères.

DA: JPPM.fr, Pierre Marchal
Réalisation: Alexis Taillant & Sébastien Macher

Au contact des lauréates, l’émotion est également palpable, contagieuse. Des larmes de joie coulent sur les joues. De celles qui racontent l’attente, l’espoir, la pression relâchée aussi. «Il y a un mélange de sentiments, c’est dingue, c’est super-beau», s’émerveille Marina Chedel, qui a obtenu un bachelor en design produit-bijou et accessoires de la HEAD avant de rejoindre le London College of Fashion. 

 Les propos de Marina Chedel.

DA: JPPM.fr, Pierre Marchal
Réalisation: Alexis Taillant & Sébastien Macher

Vanessa Schindler n’a même pas le temps de savourer sa victoire (et une coupe de champagne): le magazine de mode américain W, référence dans le milieu, accapare la jeune femme par téléphone. Il faut dire qu’à Hyères, le Grand Prix Mode est le plus prestigieux, le plus attendu, en raison notamment de l’histoire du festival, fondé en 1985 comme un salon de jeunes stylistes. Aujourd’hui, pour tout designer qui se lance, participer à cet événement est un rêve. «Je ne pensais sincèrement pas que je pouvais gagner, je suis tellement heureuse», confie Vanessa Schindler, qui souligne le rôle tenu par la HEAD dans son voyage créatif.

«C’est une école qui me tient beaucoup à cœur, car elle m’a laissé la liberté et l’indépendance dont j’avais besoin. Je suis très contente pour moi bien sûr, mais aussi pour cette institution. J’ai une pensée particulière pour la directrice du département Design mode, Léa Peckre, et l’un de mes professeurs, Bertrand Maréchal. Tous deux m’ont beaucoup encouragée, ils m’ont donné de la force. Léa y croyait bien plus que moi!» 

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"Une évidence"

Présente à Hyères, Léa Peckre, elle-même lauréate du Grand Prix Mode en 2011, confirme. «Le premier jour où j’ai vu le travail de Vanessa, j’ai eu une vision, il était pour moi évident qu’elle allait finir par gagner ce festival. Son travail est techniquement très novateur, incarné et généreux.» Et de souligner les qualités humaines de la lauréate, comme son extrême modestie, «une qualité essentielle pour un designer».

Pour le jury Mode du festival de Hyères, la décision d’attribuer le Grand Prix à la Suissesse s’est imposée comme une évidence, à l’unanimité. «L’utilisation très subtile d’une matière pourtant pauvre [l’uréthane, un composé chimique, ndlr], associée à la fausse fourrure, au jersey, nous a séduits. Une alchimie inattendue, semblable à la plus précieuse des broderies, qui semble bouger avec le corps. Une beauté sensuelle et délicate, féminine et forte à la fois», salue le président du jury, Bertrand Guyon, directeur artistique de la maison Schiaparelli.

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De son côté, Pierre Hardy, président du jury Accessoires et fondateur de la marque de chaussures qui porte son nom, ne tarit pas d’éloges à propos de Marina Chedel. «Elle a remporté les suffrages du jury par sa capacité à élaborer une thématique originale et personnelle. Marina a proposé une collection d’accessoires cohérente et créative. Son énergie, son enthousiasme et son sens du dialogue nous ont convaincus de lui attribuer ce premier prix», explique le chausseur parisien.

Hasard ou destinée, Vanessa Schindler et Marina Chedel ont déjà travaillé ensemble, la première ayant demandé à la seconde de dessiner des chaussures pour sa collection de bachelor. A Hyères, le lendemain des résultats, elles posent, complices, dans le jardin cubiste de la Villa Noailles. Les larmes ont séché, les cœurs sont un peu moins serrés. Qu’attendent-elles de leur prix? Monter leur propre marque ou intégrer une grande maison? Difficile à dire à ce stade, répondent les intéressées. A cet instant précis, leur esprit semble ailleurs. Dans le ciel, avec le soleil du Sud, là où communient les étoiles de la mode.


 Vidéos: JPPM.fr, Pierre Marchal, réalisation Alexis Taillant et Sébastien Macher.

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