Voilà un mot du complexe domaine de la physique, que l’on peut comprendre d’entrée de jeu. Résumée à grands traits, mais sans trahir sa signification, l’hystérésis exprime le retard d’une réaction. Lorsqu’une cause connue est supposée provoquer un impact précis, et que ladite conséquence se fait attendre.

La notion porte avant tout sur des corps censés être soumis à des actions élastiques ou, surtout, magnétiques: notre hystérésis a sa popularité dans le champ de l’aimantation. Le Grand Robert cite l’ouvrage Du mode d’existence des objets techniques (joli titre, non?), de Gilbert Simondon, lequel indique que le recours à des tôles au silicium «ayant une perméabilité magnétique plus grande et une hystérésis plus réduite que les tôles de fer» permet d’augmenter le rendement de moteurs de traction.

En furetant à peine sur la Toile, on tombe sur une querelle d’experts à propos du «cycle d’hystérésis», un mécanisme reposant sur cette langueur de certains matériaux. Un internaute écrit: «Le cycle d’hystérésis montre un retard à la désaimantation […] Mais quel lien peut-on faire entre cette désaimantation et la mémorisation d’un état antérieur par le système?» Un autre répond: «Attention, il ne s’agit pas d’un retard dans le temps mais d’un retard par rapport au champ magnétisant.» S’ensuit un long débat sur la question de savoir si la dimension temporelle doit être véritablement occultée. Un expert proclame: «Je ne suis pas d’accord pour virer le temps.» Sur ce point, on est d’accord. Et à l’image de notre hystérésis (du grec husterein, «être en retard»), on s’en aperçoit avec un douillet délai.